Située à équidistance entre les villes antiques de Rusuccurus (Dellys) et Iomnium (Tigzirt), Taourga (l’antique Tigist), qui, en 1989, a fait l’inattendue découverte de son cordon ombilical avec l’antiquité, mérite une attention toute particulière des pouvoirs publics, notamment du ministère de la Culture, au vu des vestiges inestimables que recèlent ses entrailles.
Un glissement de terrain, a, en effet, mis à nue une nécropole datant de la civilisation numide et un sarcophage romain avec une salle et des céramiques rappelant les rites mortuaires. L’aménagement d’une chambre dans une grotte et la découverte d’un moulin à olives primitif suggèrent que des pans entiers de la riche histoire de cette partie de l’Algérie profonde demeurent des secrets de valeur à percer. Le lieu des découvertes suscitées prête en effet à penser qu’un véritable trésor, pour ne pas dire toute une ville antique, se cache sous cet amoncellement de terre. C’est après le découpage administratif de 1985 que la localité de Taourga, qui dépendait de la wilaya de Tizi-Ouzou, a été rattachée à la wilaya de Boumerdès. Sa population, une majorité de jeunes de moins de 35 ans, est estimée actuellement à environ 10 000 âmes réparties sur le territoire du chef-lieu communal et des neuf villages qui lui sont rattachés : Ighil, El-Djemaâ, Aïn-Tingrine, Bouhbachou, Laghdaïr, Béni-Attar, Bouhciène, EL-Kodiat et Mazer. Il est à souligner, ici, qu’aucun moyens de transport ne relie ces villages au chef-lieu communal. Parce que le chômage les a sucés jusqu’à l’os, de nombreux jeunes de l’antique Tigist ont préféré quitter cette région montagneuse qui les a vus naître pour aller sous des cieux autrement plus cléments, à l’instar du Canada, de l’Italie, de la France et de l’Espagne. Ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont préféré rester dans ce pan de la wilaya de Boumerdès à la fois isolé et pauvre remplissent à longueur de journée les cafés maures très répandus dans la région. Fort heureusement pour ces laissés-pour-compte, la commune de l’ex-Horace Vernet (nom donné par les colonialistes français à cette charmante ville) compte un stade communal de football qui leur permet de se défouler un tant soit peu. Les pouvoirs publics avaient promis de doter ce stade communal de gazon synthétique, mais ces promesses demeurent, à ce jour, stériles.
On se chauffe toujours au gaz butane
En matière de raccordement au réseau de gaz naturel, les Iwarguiwen continuent, à l’ère de la haute technologie, à user de bonbonnes de gaz, parfois de bois pour se réchauffer et cuisiner, notamment quand la neige recouvre de son manteau blanc la région et bloque les routes. Cela dit, une source proche de l’APC de Taourga nous a déclaré, tout récemment, qu’un nombre non négligeable de foyers de la localité seront dotés, dans un avenir très proche, de cette énergie. Notons qu’en hiver, les citoyens de la commune de Taourga, se plaignent également des coupures fréquentes d’électricité. Cet état de fait, pour le moins inadmissible de nos jours, contraint les citoyens de la localité à user de bougies comme au bon vieux temps. Quant à l’eau potable, même si elle venait à connaître des coupures prolongées, les citoyens de la commune de Taourga ne s’en plaindraient pas. Et pour cause, l’antique Tigist dispose de nombreuses sources naturelles d’eau d’une rare limpidité qui n’a rien à envier à l’eau minérale que l’on retrouve dans des magasins. Concernant le secteur de l’éducation, la municipalité de Taourga avait bénéficié il y a de cela quelques années d’un projet de lycée. Jusqu’à ce jour, hélas, il n’est pas sorti de terre. C’est l’un des deux collèges du chef-lieu communal qui fait actuellement office de lycée. Parler de la commune de Taourga sans citer le mythique Ighil Tamravatt (le col de la Religieuse), c’est faire preuve d’une méconnaissance certaine de cette région qui fut une plaque tournante de tous les envahisseurs qui ont saigné le pays jusqu’à l’os. A la fin des années 1960 début des années 1970, d’importants moyens ont été mis en œuvre par l’Etat pour l’ouverture d’une route au niveau du col de la Religieuse situé sur le versant-est du chef-lieu de la commune de Taourga, à la frontière Est de la wilaya de Boumerdès. A l’époque, la commune de l’antique Tigist relevait de la commune de l’ex-Rebeval dans le département de la Grande Kabylie. Déjà lors des travaux d’ouverture de ladite route, beaucoup de gens parlaient d’une découverte importante à Ighil Tamravatt. Mais, disait-on, faute de moyens financiers, l’Algérie qui venait de recouvrer son indépendance ne pouvait se permettre des dépenses colossales supplémentaires. Près de cinq décennies après, des langues commencent à se délier pour reparler du fameux trésor que cacherait le col de la Religieuse. Pour laisser vivre le mythe, nul besoin de remuer les entrailles de la «Religieuse». Les mythes nourrissent l’imaginaire et consolident l’identité.
A quand le bout du tunnel ?
La commune de Taourga mérite un sort meilleur que celui qui lui est réservé depuis des décennies. Durant la longue nuit du terrorisme destructeur qu’a vécue le pays, Taourga, à l’exception de quelques tentatives déjouées grâce à la vigilance des forces combinées de sécurité et des citoyens, n’a pas connue d’actes terroristes sur son territoire. Et pour cause, à l’opposé des localités limitrophes, aucun enfant de la commune de l’antique Tigist, pourtant isolée, n’a rejoint le maquis. A présent que la tempête est passée et que le pays a retrouvé la stabilité tant recherchée, les citoyens réclament, à juste raison, des enveloppes financières conséquentes nécessaires pour le développement de leur terre nourricière qui les a vus naître. Un citoyen de Taourga résumera l’état de sa localité, par des propos on ne peut plus révélateurs de l’abandon volontaire ou involontaire dont elle a été victime depuis longtemps de la part des pouvoirs publics : «Taourga a toujours été «arrosée» de promesses sans lendemains. Les Iwarguiwen sont convaincus qu’ils continueront à être oubliés par les responsables».
Hocine Amrouni

