Une journée de regroupement et d’information avec les céréaliculteurs de la wilaya de Bouira a été organisée, la semaine dernière, à l’initiative de la Chambre de l’agriculture de la wilaya.
Ont pris part à cette journée, la Coopérative de céréales et légumes secs (CCLS), la BADR ainsi que la CRMA pour apporter des éclaircissements et indiquer les procédures à suivre pour permettre l’acheminement et la sécurisation de la production céréalière vers les silos de la CCLS afin d’être payés dans les délais. Pour Abdelmalek Akkouche, secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Bouira, cette rencontre a pour but de consolider les relations entre les différents intervenants dans la campagne moisson-battage, afin de permettre les meilleures conditions possibles pour un rendement optimal et de qualité. «Nous tenons à renforcer et à tisser les liens entre les céréaliers et les institutions concernées par cette campagne. Cette année, la récolte s’annonce prometteuse. De ce fait, nous devons prendre les précautions et les mesures nécessaires pour permettre aux céréaliculteurs de prendre leurs dispositions», estime M. Akkouche. Ainsi, plusieurs points concernant la livraison des productions céréalières ont été soulevés par les présents lors de cette rencontre. Il faut savoir que la CCLS de Bouira est situé au cœur de la ville et que les camions sont interdits dans le périmètre urbain. Le problème du passage à niveau au cœur de la ville de Bouira a été abordé, afin d’ouvrir cet accès exceptionnellement aux camions et tracteurs transportant les récoltes. À ce sujet, les agriculteurs apprendront qu’il s’agit là d’une décision qui doit être prise par le ministre des Transport et que sans l’aval de ce département, les autorités locales ne pourront pas procéder à l’ouverture de ce passage traversant la voie ferrée qui permettrait aux camions d’emprunter ce tronçon sans trop gêner la circulation en ville. Toutefois, avec les autorités locales, des garanties auraient été accordées pour permettre ces livraisons en ville avec des tracteurs ou des camions, selon des horaires aménagés. Des agriculteurs ont souligné l’absence remarquée de la DTP qui aurait dû intervenir pour sécuriser les cultures se trouvant à proximité des axes routiers importants. Cette absence crée une peur non simulée des paysans craignant pour leurs récoltes, car la plupart d’entre eux ont déjà été confrontés aux incendies par le passé. «C’est une obligation de faucher l’herbe à proximité des routes et nous avons remarqué que ces opération de nettoyage des bas-côtés de la chaussée n’ont pas été effectuées dans plusieurs communes à vocation agricole traversées par des routes nationales à grande circulation. Le risque d’incendie avec un simple mégot jeté par un automobiliste est permanent et le danger guette nos récoltes», s’insurge M. Ould Hocine Abdelaziz, président du conseil interprofessionnel des céréales et membre de la Chambre d’agriculture.
Les céréales affichent un taux d’humidité élevé
M. Naili Mourad, directeur de la CCLS, axera son intervention sur l’organisation de la CCLS, ses différents sites de collecte ouverts à travers toute la wilaya, les horaires d’ouverture et de fermeture, le programme d’accompagnement, la prise en charge des fellahs au niveau des sites, ainsi que les mécanismes mis en place par la CCLS pour faciliter la collecte et accompagner la campagne moisson-battage. «Nous avons proposé aux fellahs de retarder la livraison pour acheminer convenablement la production et désengorger les points de collectes», indique M. Naili. Il faut préciser qu’en cette saison de l’année, les risques d’incendie de champs de céréales, ainsi que l’apparition d’orages de grêle peut rapidement réduire à néant les efforts des agriculteurs et c’est pour cela que les fellahs tiennent à en finir avec cette campagne : «Nous disposons d’installations et d’équipements anciens qui ont des capacités d’accueil limités techniquement et les fellahs doivent le comprendre. Nous les incitons à ne pas livrer leurs récoltes au cours de cette première phase à cause du taux d’humidité qui a été constaté», souligne-t-il. En cette période de l’année et avec le taux de pluviométrie enregistré, les cultures de céréale enregistrent un taux d’humidité élevé. Un problème lorsqu’on sait que les céréales sont stockées immédiatement dans les silos et que l’humidité, en plus de peser dans la balance, risque de faire fermenter les céréales et moisir en attirant les charançons. «Il faut nous assurer que la production est vraiment sèche avant de procéder à la moisson. Nous avons des zones précoces, à l’image d’El-Esnam, Bechloul et El-Adjiba, dans lesquelles les fellahs procéderont d’ici peu à la campagne moisson-battage avant de ramener leurs productions vers nos points de collecte. Pour les autres localités considérées comme zones tardives, il faudra peut-être attendre jusqu’au mois d’août pour procéder aux moissons dans ces régions, notamment celles issues des Hauts-Plateaux. Le directeur de la CCLS incitera les quelque 6 000 céréaliers de la wilaya de Bouira à se répartir sur les douze points de collecte prévus à cet effet: «Je vous informe que le guichet unique a été ouvert le 17 juin, juste après l’Aïd au niveau de la CCLS et les fellahs peuvent recevoir leurs chèques dans un délai de 24 à 48h après la livraison», notera M. Naili qui répondra aux doléances des céréaliers s’inquiétant pour le programme des moissonneuses. À ce propos, il sera fait état que 33 moissonneuses-batteuses existent au niveau de la section motoculture de cette coopérative. «Le programme a été défini et tracé en débutant en premier lieu par les multiplicateurs de semences. Les demandeurs de moissonneuses-batteuses se sont inscrits au service du suivi des programmes de distribution des moissonneuses et un calendrier a été établi par zone, par superficie et par heure. Cependant et vu les conditions climatiques avec la fraîcheur constatée ces derniers jours, le programme a été retardé. Mais je rassure tous les céréaliculteurs inscrits dans notre programme que le calendrier sera respecté», assurera l’orateur.
En cas d’incendie, la CRMA indemnisera désormais le foin et la paille
Pour M. Mohamed Becheur, directeur de la CRMA de Bouira, l’institution qu’il représente s’inquiète au même titre que les fellahs des aléas pouvant survenir sur les récoltes, notamment la grêle ou les incendies : «Pour nous également, il est important de préserver vos récoltes… Depuis février dernier, nous sillonnons toute la wilaya en sensibilisant les agriculteurs pour prendre des mesures préventives. Nous avons organisé des journées de sensibilisation avec la Protection civile, les travaux publics, les forêts pour exposer les mesures préventives. Nous sommes une institution au service de l’agriculture et nos dix-neuf agences réparties sur tout le territoire de la wilaya, plus les quatre caisses régionales sont à la disposition des agriculteurs pour les satisfaire et répondre à toutes leurs préoccupations en matière d’assurances, de prestations de services et surtout d’indemnisations», révélera M. Becheur. Pour cette année, on apprendra que l’agence CRMA de Bouira enregistre un nombre d’assurés hors crédit RFIG, c’est-à-dire des agriculteurs indépendants qui ont emblavé leurs parcelles par leurs propres moyens, supérieur à celui intégré dans la procédure RFIG. Le directeur de la Caisse régionale de mutualité agricole a répondu aux doléances des agriculteurs qui s’interrogeaient pour assurer le fourrage et à ce sujet, il a été signifié que cette année, la CRMA offrait cette possibilité, d’autant plus que lors des dernières années, d’immenses quantités de ballots de foin et de paille ont été ravagées par les incendies. Une perte sèche subie par les paysans qui n’ont pas pu être indemnisés à juste titre.
La non-domiciliation bancaire des céréaliers à l’origine des rushes auprès des agences BADR
Pour M. Yahia Noureddine, sous directeur régional chargé de l’exploitation à la BADR, l’amélioration de la gestion des paiements concernant les céréaliers ayant effectué leurs livraisons à la CCLS passe inéluctablement par une domiciliation bancaire. «Sur plus de 6 000 céréaliers recensés à travers la wilaya, nous avons un taux de domiciliation relativement faible et nous avons aussi un faible nombre de céréaliers qui ont recours aux crédits de campagne RFIG. Selon les statistiques, moins de 25% des céréaliers ont recours aux crédits… Dans le cadre de notre politique de l’amélioration de la qualité de la relation clients, nous avons réaménagé d’anciennes agences et ouvert d’autres pour atteindre nos objectifs. Nous avons procédé à l’ouverture de deux nouvelles agences, à savoir celle de Bechloul et celle de Bordj Okhriss. Nous sommes en phase d’achèvement de construction et d’aménagement de deux nouvelles agences, une troisième au chef-lieu de wilaya, une autre dans la daïra d’El-Hachimia très importante du point de vu de son potentiel agricole. Nous avons aussi un nouveau siège à Aïn Bessem qui sera ouvert incessamment. Nous serons ainsi à neuf agences sur le territoire de la wilaya de Bouira, ce qui est important par rapport à la géographie et la démographie de la wilaya qui ne dépasse pas encore le million d’habitants», expliquera M. Yahia. Les problèmes des chaines au niveau des agences bancaires de la BADR ont été soulevés par les céréaliculteurs voulant encaisser leurs chèques. «Il faut savoir que nous avons un client qui est la CCLS et nous avons aussi d’autres clients qui ramènent des chèques pour encaissement. Lorsque nous avons à faire à nos propres clients qui ont des chèques à encaisser, le problème ne se pose pas. Lors du dépôt, le chèque est viré automatiquement sur leurs propres comptes et ils en disposent à leurs convenances selon les moyens de paiement mis à leurs dispositions, par chèque ou carte bancaire. Par contre, le gros du problème surgit lorsqu’affluent les clients de la CCLS qui ne sont pas domiciliés à notre niveau. Étant donné que la CCLS ne dispose pas de caisse à son niveau pour procéder aux paiements de ses clients, à savoir les céréaliers qui leurs ont livré leurs récoltes, c’est la caisse de la BADR qui procède au règlement des agriculteurs. Ce rush crée des désagréments subis par nos propres clients, ainsi que les céréaliers dont les comptes bancaires ne sont pas domiciliés à notre niveau. L’alternative serait que la CCLS prenne en charge ses propres clients, en mettant à leurs dispositions une caisse à leur niveau ou bien voir avec les clients de la CCLS pour qu’ils ouvrent des comptes au niveau de notre banque», estime M. Yahia.
Hafidh Bessaoudi

