La traîtresse (Thakhedaâth)

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(4e partie)

Le mari ne sait pas où trouver cette eau, mais “amghar azemni”, lui, le sait. Il va le voir et lui dit : “Ma femme me demande, pour guérir, de lui ramener l’eau pour laquelle se battent les montagnes.—Demain, elle te demandera de lui ramèner la lune ! Ressaisis-toi, jeune homme, ne vois-tu pas que cette femme veut ta perte ? Elle a quelque chose derrière la tête !—Je ne suis pas venu pour être blâmé, je ne suis venu que pour te solliciter de me dire où se trouve cette eau et surtout comment faire pour l’obtenir.-Tu es aveugle, mais puisque tu ne veux pas m’écouter, il faut procéder ainsi. Tu vas égorger une vachette que tu offriras aux aigles de la montagne. Une fois qu’ils seront repus, le père va remercier celui qui leur a donné pareil festin. Tu profiteras de cet instant pour lui dire que c’est toi !Et il en fut ainsi. Le père des aigles le saisit dans ses serres, l’amène à l’endroit précis, en passant par les airs, car le passage sur terre est trop dangereux. Il faut être rapide comme l’éclair pour pouvoir y passer. L’obstacle franchi, le mari ramène à sa femme l’eau dans une outre prise à cet effet. Il enfourche son fidèle coursier et arrive chez lui à la nuit tombée. En entendant le cheval hennir, la femme et l’ogre qui pensaient s’être débarrassés à jamais de l’homme sont déçus. Ils s’attendaient à passer la nuit ensemble, mais leur projet tombe à l’eau. Le mari rentre en hâte il la trouve en train de gémir, il lui offre l’eau à boire. Comme par enchantement, elle se lève de sa couche et feint de remercier son mari, mais au fond d’elle-même, elle aurait aimé ne plus le revoir. Le jeune ogre a pris sa place dans son cœur et elle n’a que faire de lui.Le mari qui était très loin de soupçonner sa femme de mauvaises intentions, se croit tiré d’affaire. Elle va guérir et vivre avec lui de longues années et lui donner beaucoup d’enfants. Mais le pauvre se trompe lourdement.Voulant tuer son mari, sans se salir les mains ni celles de l’ogre, sur les conseils de ce dernier, elle lui demande, cette fois, de lui ramener : Ak’fay n-etseddad’eg choulit’ memmi-stchid s-chlaghem b-ayrad’.(Le lait de lionne dans une outre faite avec la peau de son petit, nouée avec des poils de lion arraché de sa moustache).Le mari qui croyait que sa femme était définitivement guéri est déçu, mais puisqu’elle ne s’est pas remise complètement, il allait lui ramener ce lait quitte à y laisser la vie.Et pour la troisième fois, le mari se rend auprès de l’amghar azemni (le vieux sage), et lui parle du lait de la lionne, dans une outre faite de la peau de son petit, nouée avec des poils de la moustache arrachés du museau d’un lion. “L’amghar azemni sourit et dit au mari aveuglé par l’amour qu’il éprouve pour une femme qui n’a pas l’air de l’aimer : Ay argaz ay amaghvoun Ik’essen d’i lekhla am sardoun.(Pauvre de toi, qui ne vois pas ce qui se passe dans ton dos ! Cette femme que tu chéris tant, va causer ta perte dans peu de temps).

Benrejdal Lounes (à suivre)

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