Décédée dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 75 ans, l’ancienne gloire du football algérien, Hacène Lalmas, a été inhumée hier après-midi au cimetière de Garidi, à Alger.
Un enterrement populaire à la hauteur de l’homme, en présence d’une foule nombreuse constituée de plusieurs personnalités politiques, artistiques et sportives et des centaines d’admirateurs de celui qui a marqué de son talent plusieurs générations. «Pour moi, Lalmas, que Dieu ait son âme, est le meilleur joueur algérien de l’Histoire. J’ai disputé deux matchs contre lui et j’avoue qu’il était tout simplement phénoménal», confie l’ancien capitaine et ex-président de la JSK, Mohand Cherif Hannachi, très ému par la disparition de son ami de toujours. Pour sa part, l’ancien sélectionneur national, Mahieddine Khalef, présent à l’enterrement en compagnie d’autres figures du football national à l’image de Mouloud Iboud, Said Allik, Salah Assad, Ali Bencheikh, Mustapha Kouissi, Djamel Menad… a salué la mémoire de celui qui a bercé toute une génération durant les années 60 et 70. «Lalmas était un frère pour moi. Une grande amitié me liait à ce grand homme qui avait l’Algérie dans le cœur. Lalmas, Allah Irahmou, reste le plus grand footballeur que l’Algérie n’a jamais enfanté», affirme celui qui avait mené les Verts à la Coupe du monde 1982 en Espagne. Considéré comme l’un des plus grands footballeurs algériens de tous les temps, Ahcène Lalmas dit Hacène aura marqué de son empreinte le football algérien.
14 buts en une seule rencontre !
Véritable virtuose du ballon rond, le charismatique maître à jouer du CRB a débuté sa carrière à l’OM Ruisseau (Alger), avant de rejoindre son club de cœur, le Chabab (1963-1973), avec lequel il a réussi à intégrer l’équipe nationale. Le natif d’Alger, originaire d’Azzefoun dans la wilaya de Tizi-Ouzou, a évité ces dernières années tout contact avec le milieu du football ou de la presse. Il se trouvait en convalescence pour des problèmes de santé suite à son AVC. Considéré comme le meilleur joueur algérien de tous les temps, selon un sondage organisé par le journal sportif Echibek à la fin de 1999 auprès de 150 personnes entre joueurs, entraîneurs, dirigeants, arbitres et journalistes, Lalmas, que l’on surnommait «El Kebch» pour sa terrible force de cogner le ballon comme un bélier, a marqué de son empreinte le football algérien. Il a débuté sa carrière footballistique avec l’OM Ruisseau, réalisant un record original qui n’a d’ailleurs jamais été battu par un autre joueur. Il a inscrit à lui seul 14 buts en une seule rencontre officielle. C’était un match éliminatoire de Coupe d’Algérie contre la formation de Birtouta, qui avait encaissé ce jour-là 18 buts. Lalmas a ensuite signé une licence au sein du club voisin, le CR Belcourt, créé en 1962 de la fusion de deux formations, le WRB et le CAB. Avec le Chabab, il a marqué le football algérien des années soixante. Il a décroché 4 titres de champion (1965, 1966, 1969 et 1970), trois Coupes d’Algérie (1966, 1969 et 1970) et trois fois (1970, 1971 et 1972) le titre maghrébin.
Meilleur footballeur de tous les temps
En équipe nationale, il a été convoqué pour le premier match de l’Algérie indépendante, le 6 janvier 1963, contre les espoirs de la Bulgarie : il n’avait pas encore dépassé les 20 ans lorsqu’il a été appelé par le trio d’entraîneurs composé d’Abdelkader Firoud, Smaïl Khabatou et Abderrahmane Ibrir. Evoluant en Algérie, Lalmas était toujours appelé en sélection, même lorsqu’on faisait appel aux joueurs professionnels exerçant en France, ceux qui avaient fait les beaux jours de l’équipe du FLN. Les anciens se remémorent le match livré le 4 novembre 1964 à Alger devant la grande équipe de l’ex-Union soviétique qui possédait dans ses rangs plusieurs célébrités dont Lev Yachine, considéré jusqu’à aujourd’hui comme le plus grand gardien de tous les temps. Menés au score (2-1), les Algériens avaient enregistré en seconde mi-temps la rentrée de Lalmas qui avait réussi à égaliser pour son équipe d’une magistrale reprise de la tête qui avait pris à défaut Yachine. La légende Lalmas était née. Ahcene fera l’histoire du football algérien tant son influence sur le jeu, sa combativité, sa maîtrise du ballon, son extraordinaire clairvoyance, ses dribbles déroutants et son sens très aigu du but étaient développés chez ce joueur comme on en fait peu. En plus de ses qualités de buteur, Lalmas a toujours eu un certain ascendant sur ses coéquipiers, ce qui l’amena petit à petit à se transformer en stratège, abandonnant le poste d’avant-centre. Son intelligence de jeu, ses qualités de meneur d’hommes et ses accélérations décisives en avaient fait l’un des joueurs les plus complets du continent africain.
Ali Chebli

