Après les tragiques évènements d’octobre 1988, le pays de Matoub Lounnès semble être dans une autre ère dite «ouverture démocratique». Nombre de partis politiques et d’associations ont vu le jour. Idem pour la presse écrite, où plusieurs titres privés se sont fait leur place à côté des médias étatiques. Aujourd’hui, ce processus est à sa deuxième décennie. Malgré des hauts et des bas, personne ne peut nier l’avancée de cette «ouverture». Pour le petit citoyen, c’est-à-dire le chômeur, le SDF, le petit salarié… etc, tout ce «beau monde», la liberté d’expression ne signifie pas grand chose pour eux car leur voix est souvent bafouée. Alors, les graffitis se sont imposés comme une véritable alternative. C’est vrai que peu de gens s’intéressent à ces écrits qui sont sans cesse croissants sur nos murs, dans les villes et même dans les villages. Cependant, tant de messages sont à décrypter et à prendre au sérieux. Sur les hauteurs de l’Akfadou, à l’instar des autres régions de Kabylie et d’Algérie, les graffitis marquent leur forte présence. Pendant le Printemps noir en 2001, «l’expression de la rue» a eu la part du lion. En effet, certains écrits demeurent à ce jour, comme «Ulac smah Ulac» ou le fameux «pouvoir assassin». Tous les slogans du mouvement citoyen sont «incarnés» un peu partout dans la commune. Apparemment, ils sont indélébiles. Au temps fort de la contestation citoyenne, les graffitis n’ont guère cessé d’accompagner la révolte des insurgés. C’était l’expression libre et spontanée. Parfois, tellement elle n’avait aucune ligne rouge, on la prenait pour «l’ombre de la folie collective». Maintenant, le mouvement des archs n’est pas aussi important que les premiers temps. D’ailleurs, le terrain ne dit guère le contraire. Toutefois, «la voix des murs» est toujours dans la rue puisque les jeunes de la région ne se gênent point d’écrire n’importe où. Au-delà des quêtes populaires, «Tiranlehyoudh» compte d’autres dimensions. En effet, une armada de sujets sont à lire et à relire. Certains tentent d’exprimer leur frustration, même s’ils sont persuadés qu’il n’y aura aucun écho. Pour d’autres, c’est de véritables lettres qu’ils mettent sur les murs. L’autre jour, on a eu l’occasion de lire une déclaration d’amour faite par un lycéen de cette petite bourgade. Après tout, les mots peuvent avoir plusieurs formes. D’autres encore consacrent cet espace pour l’insulte. Le phénomène est très mal vu car on pense que c’est une pratique de «voyous». «C’est une mauvaise manière d’expression», estime-t-on. Toutefois, lorsqu’on est livré à soi-même, pas de travail, pas de loisirs, pas de tribune libre, les graffitis restent l’ultime recours de la parole. Même en vain, les «oubliés» de la société tentent d’extérioriser un tant soit peu leur spleen. Au moins le subconscient de pas mal de gens se fera de l’espace même pour si peu de temps.
Mohand Cherif Zirem
