«Cheikh Hsissen allait s’effacer de la mémoire collective mais tout doucement, il a repris sa place», dira Abdelkader Bendameche.
La direction de la culture, en collaboration avec l’association les Amis de la rampe Louni Arezki de la Casbah d’Alger et l’association culturelle Anadhi d’Aïn Zaouïa, a rendu hommage, avant-hier à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, au maître du chaâbi, Cheikh Hsissen. Au menu, une projection d’un extrait du film-documentaire sur la vie et le parcours du Cheikh Hsissen, réalisé par Abdelkader Bendameche, s’est déroulée au petit théâtre en présence de la directrice de la culture, du sénateur Hocine Haroun, du chef de daïra de Draâ El-Mizan, du représentant de l’APW, du P/APC de Tizi-Ouzou, du conservateur des forêts, de Mustapha Sahnoun membre de la troupe artistique du FLN et Yacine Larbi le fils de Hsissen. Après la projection, une conférence autour de la vie et le parcours du chanteur a été animé par Abdelkader Bendameche, président du conseil national des arts et des lettres. «Cheikh Hsissen allait s’effacer de la mémoire collective mais tout doucement il a repris sa place. Je remercie madame Goumeziane et les deux associations qui ont conjugué leurs efforts pour que nous soyons ici toujours pour la mémoire en ce jour particulier, c’est le jour de la réconciliation nationale, c’est important que nous le disions parce qu’on vit dans la paix aujourd’hui», dira M. Bendamache, ajoutant : «Je rends aussi hommage à Djamel Allam et Rachid Taha qui nous ont quittés récemment. Une force nous a poussés à réaliser ce que nous avons fait dans la résurrection de Hsissen: Il est né en 1929 et mort un 29 septembre 1958. Il avait 29 ans. Ce n’est pas par hasard c’est la conjonction de beaucoup d’éléments qui nous permettent de dire que ce monsieur n’est pas un artiste comme les autres, c’est un artiste venu avec un message que nous avons décrypté malgré le temps. On lui a rendu hommage lors de la 5ème édition du Festival national de la chanson chaâbi, mais on n’était pas satisfaits, nous voulions que ses restes soient rapatriés en Algérie. En juin 2012, on a pris le taureau par les cornes, avec Mustapha Sahnoun, on a fait le déplacement pour la Tunisie». Sur une anecdote concernant le cheikh, il raconte, confirmée par Mustapha Sahnoun : «Quand Hsissen chantait ‘Ya nass zaretni el gharayeb’, il ne terminait jamais la chanson et se mettait à pleurer, faisant pleurer toute l’assistance».
Une création immortelle
Bendameche souligne : «Le Cheikh s’est déplacé en Tunisie avec la troupe artistique du FLN. Après six mois, il décède en laissant un nom et une grande œuvre qu’on écoute avec plaisir. Cela fait 60 ans qu’il est mort mais son nom va revenir plus tard : il y a des constructions qui lui sont propres, sa création restera dans l’histoire et sera reprise par d’autres générations comme les grands génies de la musique algérienne, tels El-Anka, El-Hasnaoui, Slimane Azem… et Aït Menguellet aujourd’hui. En l’espace de dix ans, il a créé un patrimoine et un genre musical». Dans sa conférence sous le thème : «Itinéraire d’une étoile lumineuse», Lounis Aït Aoudia, le président de l’association les Amis de la rampe Louni Arezki, dira : «Cheikh Hsissen est un chanteur virtuose qui avait un talent exceptionnel pour la chanson chaâbi et kabyle. Il avait une très forte personnalité. Il était doublé d’un militant nationaliste à un âge très jeune. C’est la raison pour laquelle il a un itinéraire et un parcours très riches en dépit de sa vie très courte. Concernant le patriotisme de Hsissen, Aït Aoudia informe : «Il a marqué toute une génération, la génération qui est la mienne, qu’il a accompagnée à l’époque cruciale de notre histoire, celle de la colonisation française faite de ségrégation et de déni. On était heureux et soulagés d’entendre à la Casbah d’Alger les refrains et la voix suave, douce et apaisante de Hsissen. Dans son engagement militant, il était actif et activement recherché par la police française. Il a quitté l’Algérie en laissant une épouse de 20 ans et des enfants en bas âge avec une naissance attendue. Sa fille Fadhila est née alors qu’il était absent. Ses sacrifices étaient pour l’amour de l’Algérie, pour l’indépendance de son pays», dit-il. Sur la découverte de la tombe de Hsissen, il relate : «La famille attendait le retour du cheikh Hsissen, mais un jour du mois de septembre, Alilou, le célèbre percussionniste, s’est présenté avec un représentant de la présidence de la République pour leur annoncer son décès. Ses parents disaient qu’ils ne pouvaient faire leur deuil s’ils n’avaient pas droit à une tombe. C’est à partir de là que nous nous sommes engagés, avec Bendameche, à réussir cette résurrection de sa mémoire. Avec la participation et la solidarité de l’ambassadeur Abdelkader Hadjar et le premier attaché de l’ambassade, des recherches ont été effectuées au niveau de la municipalité de Tunis. Bendamache a pris attache avec le directeur général de l’ONDA, lui disant partir en pèlerinage de la mémoire avec l’un des acteurs présents le jour de l’enterrement de Hsissen, à savoir Mustapha Sahnoun. Ils ont fait des recherches et n’ont pas pu trouver la tombe. Mais, le miracle s’est produit lorsque, d’une manière inattendue, un repère de mémoire a permis de découvrir sa tombe et rapatrier son corps pour l’inhumer dans la tombe de sa mère». Il ajoute : «Devoir accompli et victoire contre l’oubli. Ces modèles pour les générations montantes, ces repères de la dimension du Cheikh Hsissen ne méritent pas de sombrer dans l’oubli, car même après leur mort, ils restent au service de leur peuple.» Pour finir, une déclamation de proses à la mémoire du Cheikh Hsissen par Rabah Haouchine, membre de la l’association les Amis de la rampe Louni Arezki. A signaler qu’une riche exposition a été installée dans le hall de l’établissement où on pouvait voir des photos de l’artiste, son mandole, des articles de presse et des livres sur sa vie et son œuvre.
Sonia Illoul

