BOUIRA – Bras de fer autour d’une route traversant le PND – Les Ath Reggane abdiquent et annulent leur projet

L’ouverture de la route de Tighzert vers Tikjda, effectuée par la population d’Ath Reggane, dans la commune d’Ath Ouacifs, wilaya de Tizi-Ouzou, a suscité le mécontentement de la population d’Ath Yaâla qui met en avant la protection de l’écosystème mais aussi de leurs terres.

L’assemblée générale extraordinaire de l’association Thaouyalt d’El Esnam a eu lieu, hier, au niveau de la salle des sports Laidi Slimane de la localité. À l’ordre du jour, le point qui a défrayé la chronique l’été dernier, à savoir l’ouverture de la route de Tighzert vers Tikjda effectuée par la population d’Ath Reggane, dans la commune d’Ath Ouacifs, wilaya de Tizi-Ouzou. Une route qui a traversé les propriétés des citoyens de la tribu des Ath Yaâla, ce qui a suscité un mécontentement général auprès des populations d’El Esnam, Bechloul et El-Adjiba, voyant ainsi leurs terres, limitrophes au Parc National du Djurdura, piétinées. Pour Moumou Belaha, président de l’association Thaouyalt, les représentants du village d’Ath Reggane ont reconnu l’erreur commise et se sont excusés tout en demandant si la tribu d’Ath Yaâla était prête à leur accorder un passage pour la circulation automobile dans un endroit qui ne gênerait pas, outre mesure, les propriétaires terriens du versant sud du Djurdjura : «Nous avons donné un compte-rendu de la réunion que nous avons tenue avec les représentants du village Ath Reggane à propos de cette route qu’ils veulent faire passer à travers nos terres jusqu’à Tighzert et jusqu’à la RN33, reliant Haïzer à Tikjda. Une route qui a été réalisée illégalement, sans aucun fond de dossier administratif et nous avions alors décidé de sa fermeture. Suite à cela, une délégation d’Ath Yaâla a rencontré des représentants d’Ath Reggane. Nous les avons reçus à El Esnam et leur avons signifié que leur action était irréfléchie et que cela avait été considéré comme une agression et une violation de propriétés. Ces derniers savaient pourtant qu’il s’agissait de propriétés privées car nous sommes voisins avec eux depuis la nuit des temps, mais pour des raisons inavouées, ils ont préféré passer outre sans demander notre consentement. Le Parc National du Djurdjura, censé veiller à la préservation de la faune et de la flore et d’une manière générale préserver l’écosystème, aurait été en danger si nous avions laissé faire. Nous nous opposons à la réalisation d’une route carrossable, mais en aucun cas nous souhaitons maintenir une route hermétiquement close. Nos aïeux ont toujours laissé circuler librement les passagers avec des bêtes de somme et les traces d’un sentier muletier sont encore visibles. Nous ne voulons pas que le passage de véhicules puisse entraîner des désagréments et faire du tort à l’écosystème du Parc National du Djurdjura. Nous souhaitons éviter toute pollution en ces lieux et le préserver. Toutefois, cela n’empêche pas le passage de randonneurs qui se rendent au Lac Agoulmim lors d’expéditions.

«Hors de question de tolérer le massacre écologique»

Il se peut que cette route soit nécessaire pour que les gens d’Ath Reggane puissent accéder rapidement à leurs propriétés mais pour nous, il est hors de question de tolérer ce massacre écologique qui se profile à l’horizon. Leurs passages avec de véhicules vont nuire à la faune et à la flore et cela va engendrer un flux incessant d’automobiles sur ce circuit protégé situé au cœur du Parc National du Djurdjura. Il y a également des risques de nuisances pour nous autres riverains qui ont d’anciennes maisons sur ces hauteurs où nos bergers passent l’été lors de transhumance des troupeaux et l’accès avec des véhicules en ces lieux risque de créer toute sorte d’événements non souhaités, tel des vols et autres délits. De ce fait, nous avons émis un niet catégorique pour le passage des véhicules mais libre d’accès en chemin muletier. Après la première entrevue, les gens d’Ath Reggane ont reconnu avoir été vite en besogne en argumentant et ont demandé des excuses tout en nous sollicitant pour voir si un autre accès, qui ne gênerait aucunement, était envisageable. De ce fait, nous avons réuni l’ensemble des concernés des trois communes d’El Esnam, Bechloul et El-Adjiba pour savoir si nous pouvions accéder à leur demande ainsi effectuée, car lors de la première entrevue, nous n’étions qu’une délégation restreinte et nous ne pouvions pas dire non directement sans avoir consulté tous les concernés», résumera M. Moumou. Les présents se sont tous, une énième fois, opposé à cette route en demandant sa fermeture immédiate. Il faut savoir qu’en 1986 déjà cette route avait été envisagée par la population d’Ath Reggane, mais à l’époque, les deux wilayas de Tizi-Ouzou et de Bouira avaient émis un avis défavorable. Depuis, le Parc National du Djurdura refuse régulièrement les formulations effectuées dans ce sens par les habitants d’Ath Reggane. «Aujourd’hui, nous avons donc pris la décision de fermer cette route pas de façon hermétique, en laissant randonneurs, bergers et bêtes de somme l’emprunter, mais en aucun cas les véhicules. Nous laissons le soin au Parc National du Djurdura ainsi qu’à l’APC de procéder à sa fermeture pour les véhicules», conclura M. Moumou. Par ailleurs et sur un autre volet, l’association Thaouyalt a profité de la présence de l’assistance pour lui faire part de son projet en cours, concernant la réalisation d’un film-documentaire ainsi que d’un guide des us et coutume de la région. Un projet visant à mettre en valeur la région dans ses aspects historiques et sociaux culturels pour faire connaître les traditions et les coutumes. Plusieurs volets ont été déclinés dans ce projet qui a reçu l’aval de l’ensemble des présents. Pour le président de l’association Thaouyalt, Moumou Belaha, les efforts de toute la communauté sont à féliciter pour la sagesse des décisions prises lors de cette réunion. «La sortie de crise a été heureuse sans connaître aucun dépassement et c’est là une preuve de maturité et de sagesse caractérisant les habitants de la région», se félicitera-t-il à l’issue de cette assemblée générale extraordinaire qui s’est achevée aux alentours de midi.

Hafidh Bessaoudi