MADJID HAMOUDI, entraîneur de taekwondo de l’USTG Boghni – «On travaille avec les moyens du bord»

Si les jeunes athlètes pratiquant les arts martiaux représentent dignement l’Algérie dans différentes compétitions, leur prise en charge laisse à désirer. C’est ce que relève, dans cet entretien, Madjid Hamoudi, entraîneur de taekwondo de l’Union Sportive Tala Guilef Boghni.

La Dépêche de Kabylie : Quand est-ce que le CSA/ USTG Boghni a-t-il été créé ?

Madjid Hamoudi : Nous avons eu l’agrément en 2013. Nous avons lancé toutes les catégories des poussins jusqu’aux séniors en 2013/2014. Nous nous sommes engagés alors dans les compétitions de wilaya, nationales et régionales.

Votre CSA encadre actuellement combien d’athlètes ?

Une centaine, toutes catégories confondues.

Qu’en est-il des conditions de travail ?

Elles sont loin d’être optimales. Nous rencontrons de grands problèmes. Imaginez que la salle de fêtes communale où nous nous entraînons est dépourvue de toutes les commodités : ni eau courante, ni sanitaires adéquats et obéissant aux normes d’hygiène. C’est moi-même qui nettoie la salle. En somme, cette pièce est dans état d’abandon total. Personne n’a répondu à nos doléances. Pire, l’eau a été coupée par l’ex-maire, et, depuis, elle n’a pas été rétablie. C’est grave, on prive même les enfants de se laver.

Parlez-nous des moyens financiers ?

C’est là un problème délicat. Est-ce qu’on peut faire fonctionner un CSA de cette taille avec une subvention de 25 millions de centimes ? Cet argent ne suffira même pas pour le transport. Si on fait une trentaine de sorties et de stages au cours de la saison, cet argent ne couvrira pas la moitié de nos activités. Même les cotisations des athlètes sont englouties lorsqu’on participe aux compétions inter-wilayas. Pour les déplacements, je dois louer un fourgon. Pourtant, nous avons décroché plusieurs titres. En 2016, notre club s’est classé parmi les dix premiers clubs d’Algérie. En 2017, nos athlètes ont arraché 3 Coupes d’Algérie et huit titres nationaux en cadets, en juniors et en séniors, et trois titres internationaux en Tunisie. En 2018, l’athlète junior Samy Alouane a eu trois titres internationaux en se déplaçant avec ses propres moyens.

Et pour le volet matériel ?

Tout autant dérisoire. On travaille avec les moyens du bord. En tout cas, je suis à bout parce que le soutien des autorités est inexistant.

Un dernier mot ?

Je veux saisir cette occasion non seulement pour exhorter les autorités locales à restaurer la salle et la doter de commodités nécessaires, mais aussi les responsables au niveau de la Fédération des arts martiaux à jeter un regard vers ces petits clubs. Ce n’est pas en délaissant ces jeunes qu’on redonnera à l’Algérie la place qui lui revient à l’échelle mondiale. Les athlètes doivent être considérés à leur juste valeur. Je terminerai pour dire aux parents d’encourager leurs enfants à pratiquer le sport parce que c’est le seul moyen de les extraire des milieux malsains.

Entretien réalisé par Amar Ouramdane