La coquette ville de Raffour, qui abrite 12 000 âmes, est prise en sandwich entre les deux plus importants cours d’eau de la région. Il s’agit de la rivière Assif n’Sahel, au sud, distante d’à peine 500 mètres, et d’Assif Wakur, en périphérie immédiate du côté Est. Durant le dernier cycle sec qui s’étend, pour rappel, sur 36 ans et qui est arrivé à terme en 2004, cette petite ville avait enregistré une importante extension urbaine dans tous les sens, sans tenir compte du retour du cycle humide, lequel s’étend aussi sur 36 ans. Une période durant laquelle les perturbations climatiques de jadis, dont les personnes du troisième âge gardent de terrifiants souvenirs, sont caractérisées par des déchaînements apocalyptiques des éléments naturels. A chaque hiver du cycle humide, un nombre effarant de victimes, emportées par les spectaculaires crues de ces deux cours d’eau, sont comptabilisés, d’ou la légendaire expression kabyle yetchat wassif (La rivière l’a englouti). Le dernier orage qui a mis en danger le village Ighrem, dans la commune d’Ahnif, a réveillé de douloureux souvenirs chez les seniors. Une catégorie de citoyens qui gardent en mémoire les terribles crues qui ont entraîné l’effondrement du pont de la RN30, qui enjambe Assif N’sahel, et celui de la RN15, qui enjambe Assif Wakur, à la sortie Est de Raffour. La violence des crues d’Assif n’Sahel s’expliquent du fait qu’il est le collecteur géant de dizaines de ravins et ruisseaux de la chaîne montagneuse du Djurdjura, au nord, et de Chréa, au sud. Quant à Assif iwakuren, il prend naissance à quelque 30 km au niveau du lieu-dit Tizimit, en haute montagne. En plus de son important volume en hiver, le danger de ce ruisseau vient de l’effet gravitaire. Le moindre débordement de l’un ou l’autre de ces deux cours d’eau serait catastrophique pour Raffour, la ville la plus exposée à ce risque dans la région. Avec le temps, les services techniques directement concernés par la gestion des cours d’eau, tels que l’hydraulique, l’agriculture et le service des forêts, ont développé une technique des plus simples, mais très efficace, dénommée «correction torrentielle», pour juguler les débordements. De moindre coût, elle a été testée avec succès à Taghzout n’Aït Mansour, en 2015, après les crues qui ont emporté des oliveraies entières composées chacune de plusieurs dizaines de pied d’oliviers adultes, parmi lesquels plusieurs centenaires. Cette technique consiste, donc, en l’assemblage de pierres largement disponibles dans les lits d’oueds à l’aide du vulgaire grillage dénommé zimerman. Pour parer au risque d’inondations, il suffirait de mobiliser une équipe technique pour procéder au recensement des points noirs qui menacent directement Raffour, puis les éliminer grâce au procédé sus dit. C’est le souhait de tous les résidents de cette petite ville, sur laquelle plane le danger imminent de débordement de cours d’eau.
Oulaid Soualah
