Les raisons d’un retard

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Le comité religieux de la Zaouïa Cheikh Sidi M’Hamed Ben Abderahmane sise à Baâli attend son agrément depuis juin 2016.

«Lorsque l’agrément de l’association a expiré en 2014, nous avons demandé son renouvellement. Alors le maire avait proposé que chaque comité de village propose deux membres. Délégués des vingt-trois villages, nous avons alors tenu une assemblée de constitution de l’association où M. Ali Kana a été élu président», raconte un membre du comité. Et de revenir sur le blocage : «Deux jours après, le maire et les anciens membres du comité ont changé d’avis sur l’élection sous prétexte qu’un huissier de justice n’avait pas assisté à l’assemblée. Or, nous nous étions entendus que l’huissier établirait son P.V après. Nous avions porté l’affaire en justice parce qu’on refusait la passation de consignes. Nous avions eu gain de cause à deux reprises. Néanmoins, lors du premier jugement, l’ancien bureau a refusé de nous donner le cachet, le carnet de chèques et les clés de la Zaouia.» Et un autre de poursuivre le témoignage : «Après le deuxième jugement, en présence d’un huissier de justice agréé, nous avons fait le nécessaire. Je rappelle que ces procédures ont pris environ deux ans». Pour nos interlocuteurs, le refus de l’administration de leur signer l’agrément déposé en juin 2016 est imputé à l’ex maire qui aurait émis un avis défavorable à la Drag. Mais, M. Ali Kana et les membres de bureau affirment que, selon leur avocat, si l’administration n’avait pas répondu dans un délai de deux mois après le dépôt du dossier, le récépissé devient de facto un document permettant à l’association d’activer en guise d’agrément. D’ailleurs, en ouvrant la caisse de la Zaouia, les cinq membres du nouveau bureau présidé par M. Ali Kana, le deux octobre 2017, avaient en esprit cela. Alertés, les gendarmes les arrêtèrent à l’intérieur de la Zaouia en train de compter l’argent. «Nous avons agi parce nous savions que la Zaouia croulait sous le poids des dettes et les talebs n’avaient rien à manger. Il fallait, donc agir, sans autre arrière pensée. C’était dépenser au profit des étudiants en théologie. Le coup est fomenté par l’imam avec lequel nous avions eu déjà des démêlés au sujet de la gestion de la Zaouia», précise M. Ali Kana. Une année après les faits, les cinq membres accusés de vol, de membre d’association non agréée et de collecte d’argent sans autorisation, sont acquittés pour le chef d’inculpation de membre d’association non agréée et vol. «Nous étions acquittés pour le premier chef d’inculpation le 21 janvier 2018 par le tribunal de Draâ El Mizan en nous infligeant une peine de deux mois de prison ferme et une amende de 20000 dinars algériens pour chacun de nous pour la deuxième chef d’inculpation. Un pourvoi en cassation a été introduit le 7 février de la même année à la cour de Tizi-Ouzou», explique un autre accusé. M.Ali Kana met à notre disposition un autre jugement en leur faveur établi par la cour de Tizi-Ouzou le 17 mai dernier. «La cour de Tizi-Ouzou a confirmé le premier jugement. Maintenant, nous allons porter l’affaire à la cour suprême pour la seconde accusation maintenue à notre encontre à savoir 20000 dinars chacun. Quant à celle relative à la prison, elle a été levée», souligne M. Ali Kana qui est étonné d’être accusé de vol à l’âge de 72 ans, avec un autre membre, M. Mohamed Belkacem âgé de 81 ans, pour remettre la Zaouia sur les rails. Quant aux moutons vendus, précise un autre membre, c’était pour régler 54 millions de dettes que devait régler la Zaouia. «Ce n’est pas du vol. Nous avons tous les justificatifs», persiste et signe cet autre membre. Depuis que les membres du bureau ont eu gain de cause, ils activent, car, estiment-ils, le délai prévu pour l’agrément est largement dépassé. «Si nous voulons être lavés de tout soupçon, c’est pour démontrer notre engagement pour la Zaouia et non pour nos intérêts personnels», souligne M. Ali Kana en ajoutant que c’est leur crédibilité qui est en jeu. «Nous avons trouvé la Zaouia dans un état lamentable. Aujourd’hui, nous essayons de réfectionner tout ce qui a été dégradé par l’ex imam et les talebs ayant quitté les lieux. Même le coffre-fort a été saccagé. D’ailleurs, nous avions acheté un autre pour trois millions de centimes. Je saisis cette occasion pour interpeller non seulement le Drag, à se pencher sur notre dossier d’autant, plus que nous avons tous les documents affirmant notre acquittement dans cette affaire montée de toutes pièces. La Zaouia a besoin d’un souffle nouveau pour reprendre son aura d’antan. N’oubliez pas que son fondateur Cheikh Sidi M’Hamed Ben Aberahmane, un savant et un homme pieux, est de renommée internationale. Sa tariqa Errahmania est adoptée dans de nombreux pays du Maghreb et d’Afrique. Par ailleurs, j’appelle les donateurs à se rapprocher de notre bureau pour prendre connaissance de notre projet pour la Zaouia. Avec l’aide de Dieu, la Zaouia deviendra un lieu de tolérance et de rayonnement de la science et de la théologie en accueillant des dizaines de talebs comme avant. C’est notre souhait et notre volonté», conclut M. Ali Kana.

Amar Ouramdane

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