Dans toute la vallée du Sahel, les villages sont devenus ces derniers temps peu attrayants. Ayant perdu de leur superbe, ces patelins, qui étaient jadis des joyaux architecturaux, offrent à présent une vue lugubre et triste. Il n’y a malheureusement pas un village qui émerge du lot, tous ont un seul dénominateur commun : l’anarchie urbaine. Que ce soit à Saharidj, à Aghbalou, Chorfa, Ahnif ou Ath Mansour, les maisons traditionnelles kabyles édifiées en pierres et recouvertes de tuiles ont laissé place des constructions modernes. En effet, si on se mettait dans la peau d’un touriste, on ne trouverait aucun attrait à ces villages qui n’ont aucune architecture homogène encore moins cohérente. Chacun construit comme bon lui semble, avec l’architecture exprimant ses goûts en laissant le décor de l’ensemble du village anarchique et disparate. A l’exemple de l’ensemble des villages situés dans la vallée du Sahel, pour ne citer que cette région charnière de la wilaya de Bouira, où les bourgades donnent la vue d’un ensemble urbain en mal d’inspiration, sans l’ombre d’un agencement ni respect des plans urbains encore moins de l’architecture locale. Les vieilles maisons traditionnelles construites avec de la pierre sèche ou taillée perdent de plus en plus du terrain pour laisser « pousser » en place et lieu des habitations souvent de plusieurs étages qui peinent à être achevées pour la plupart, donnant la vue d’interminables chantiers. Une cossue villa peut « côtoyer » une simple habitation, donnant une vue « désarticulée » de l’ensemble. Le plus affligeant, en plus de l’architecture et des plans de chaque propriétaire, la peinture et la décoration de ces habitations achèvent le reste. Chacun y va de la peinture qui lui chante, ce qui donne un décor et une vue hétéroclites de ces villages qui, avec leurs habitations à plusieurs étages, donnent l’impression d’être de petites villes…rurales. «J’ai remarqué ces dernières années que nos villages ont perdu leur âme de village. Auparavant, nos patelins avaient une architecture homogène, avec des maisons construites en pierre sèche, coiffées de tuiles rouges. Leur architecture quasi identique faisait le charme de nos villages. Les habitants sentaient égaux de par la nature même de leurs habitations. Certes, les temps ont changé, et les gens cherchent le confort, de l’espace, des maisons modernes bien équipées, mais qu’en est-il de notre spécificité architecturale, de notre identité et de notre culture?, déclare un habitant de Taourirt, chef-lieu d’Ath Mansour. Dans ce village, les belles et traditionnelles maisons construites avec la fameuse pierre bleue commencent à disparaître l’une après l’autre. De nouvelles habitations certes modernes, mais sans charme et sans âme les remplacent. Tout semble vouloir partir avec les siens, les beaux vieux aux burnus traditionnels se font de plus en plus rares à voir à Taourirt, tout comme leurs belles vieilles maisons.
Y.Samir
