C’est le début de la campagne de ramassage d’olives, et la même contrainte majeure du transport se repose avec acuité pour la majorité des propriétaires d’oliveraies au niveau de leurs anciens villages en haute montagne. Rappelons que les villages de haute montagne tels que Ivelvaren, Ath Ali Outhemim et les deux villages d’Iwakuren dans la commune de Saharidj, ont été rasés et classé « zones interdites » par les forces coloniales durant la guerre de libération et les villageois parqués dans des ghettos. Une opération qui visait à l’époque d’isoler les maquisards des populations qui leur assurait la logistique. Les populations d’Iwakuren furent regroupées à Raffour, Ivelvaren juste à coté à Vouaklane, et Ath Ali Outhemim éparpillés entre les camps de concentration d’Ighrem dans l’actuelle commune d’Ahinif et celui de Saharidj, actuel chef-lieu de commune. Dès la première année de l’indépendance, l’ensemble de ces villageois ont repris le travail de la terre dans leurs anciens villages. Au départ ces braves paysans utilisaient des bêtes de sommes ânes, mulets et chevaux comme monture et moyen de transport, mais depuis ces vingt dernières années, ils se sont séparés de ces bêtes pour plusieurs raisons. Les plus nantis ont acheté des véhicules pour leurs déplacements, mais ils forment une faible minorité. L’olive étant resté l’unique richesse de ces montagnards déracinés, le problème du transport durant cette campagne de ramassage d’olives se repose avec acuité chaque année. Ces citoyens font recours à la location de véhicules clandestins tels que les camionnettes bâchées et même les tracteurs agricoles qui les déposent le matin dans leurs oliveraies et les ramènent en fin de journée vers leurs maisons. Une bonne partie des bénéfices tirés de cette récolte partent dans la poche de ces clandestins, une autre part par prélèvement du produit de cette récolte au niveau des huileries pour ne rester aux malheureux paysans qu’à peine le tiers de leur récolte. L’absence des lignes de transport régulières vers ces villages se répercute durement sur les bénéfices que tirent ces paysans de la campagne d’oléicole. Ils arrivent que des villageois qui se rendent en famille dans leurs oliveraies aient des terrains mitoyens et s’associent à deux ou à trois pour louer un moyen de transport, mais ce ne sont pas tous les villageois qui ont cette chance. Ceux qui n’ont pas beaucoup d’oliviers préfèrent abandonner la récolte qui leur revient trop chère. Ainsi depuis quelques jours, chaque matin les arrêts de fourgons sont bondés de familles qui s’apprêtent à se rendre dans les oliveraies. Aux arrêts d’Ahnif, Saharidj, Chorfa et Takerboust, des dizaines de cueilleurs d’olives, le plus souvent munis de sacs à dos et autres bagages, empruntent les transports. Parfois, l’attente dure plus d’une heure sous un froid glacial pour pouvoir monter à bord d’un bus. Des bus qui se font rares au niveau de certains arrêts où il faudrait jouer des coudes pour avoir une place. En plus de la rareté des moyens de transport sur certaines lignes, certains transporteurs rechignent à l’idée de faire monter des familles qui partent à la cueillette car beaucoup de ces familles font de petits trajets et demandent souvent à s’arrêter à des endroits qui n’arrangent pas les transporteurs. Pour ce dernier, cela constitue un manque à gagner et ces trajets ne sont pas rentables. Mais pour les familles, en plus de la difficulté à trouver un moyen de transport, les frais de transport sont chers surtout si la famille est nombreuse. «Chaque jour je prend le transport avec ma femme et mes enfants pour me rendre à Tiksiridene où se trouve mon oliveraie. Cela me coûte entre 100 et 150 DA à l’aller et la même somme au retour. Donc je débourse entre 200 et 300 DA la journée dans le transport. Pis encore, au retour le soir, le transport devient très rare. Donc il m’arrive de renter vers 19 h chez moi», confie un agriculteur de Takeboust. Et ils sont des centaines à vivre la même situation dans la région car beaucoup d’habitants des localités de montagne possèdent des oliveraies dans la plaine du Sahel. A Saharidj par exemple, beaucoup possèdent des oliveraies à M’chedallah et sa plaine. A Aghbalou, les oliveraies se trouvent à Chokrane et à Chorfa. Et beaucoup se rendent souvent à pied en parcourant entre 10 à 15 kms. Tous ces facteurs font que la cueillette des olives n’est pas de tout repos pour les centaines ou milliers de familles de la région qui se démènent chaque jour pour ramasser ces olives qui constituent leur seule source de revenus.
Oulaid Soualah