Mammeri, un rebelle irréductible

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La deuxième journée du colloque international sur la vie et l’œuvre de Mouloud Mammeri a été marquée par de brillantes interventions, Quatre conférences ont été animées par Amar Nabti, Denise Brahimi, Hervé Sanson et Wadi Bouzar.Amar Nabti a abordé un thème sensible : “Le Printemps berbère vu par la presse du parti unique”. L’universitaire s’est longuement étalé sur lamanière avec laquelle avait été médiatisée l’interdiction de la conférence que devait animer Mouloud Mammeri sur son livre “Poèmes kabyles anciens”, qui venait de paraître.Il est revenu sur le célèbre article “Les donneurs de leçons”, et de la réponse jamais publiée, adressée par le romancier kabyle à la rédaction du quotidien El Moudjahid.Denise Brahimi, dont la communication était très attendue, a parlé de lucidité, du désespoir et de l’esprit de résistance qui se dégagent des romans et des nouvelles de Mouloud Mammeri. La conférencière a indiqué que dans ses romans, on ne décèle pas un lyrisme larmoyant. Par contre, on détecte un paradoxe : celui d’y trouver autant de désespoir que de malice. Pour Denise Brahimi, Mammeri était un rebelle irréductible qui cachait une révolte intérieure débouchant sur des actions. Brahimi dira : “Mammeri possédait la capacité de développer les mots. Sa démarche consistait à voir, simultanément et avec clarté, ce qu’il en est de sa société et de faire le bilan sur des espoirs non fondés”.Dans son premier roman, “La Colline oubliée”, Mammeri démontrait qu’un village kabyle de 1939 ne permettait pas à la jeunesse d’y trouver sa place, ni de faire leur vie. Il leur était impossible de trouver les moyens de leur survie. Mammeri décrivait la mise à mort progressive du village kabyle : “Mammeri faisait un bilan désespéré avec ironie”.Dans Le Sommeil du juste, l’écrivain raconte la fin du village kayble traditionnel et lka fin de l’illusion d’une éventuelle entente interculturelle.Concernant “L’Opium et le baton”, Denise Brahimi a mis l’accent sur le magnifique épisode marocain où il est question d’amour et d’engagement. Mammeri faisait illusion dans ce roman, déjà, au sort qui allait être réservé aux minorités linguistiques, une fois les indépendances acquises. Le dernier volet de l’intervention a trait à la nouvelle “La meute”. “Le peuple était très malheureux pour accéder à la lucidité”, conclut Denise Brahimi. Wadi Bouzar et Hervé Sanson ont aussi longuement évoqué Mammeri. Bouzar a pratiquement résumé tous ses romans alors que Sanson a évoqué le regard de Sénac sur l’auteur de “La traversée”. Mohand Akli Salhi, à partir d’une lecture analytique des matériaux poétiques des Poèmes kabyles anciens, a tenté de repérer et d’étudier des élements relatifs au discours que les poètes traditionnels tenaient sur la poésie. Ce discous concerne la forme du poème et l’organisation du système poétique traditionnel.Sadek Bala, doctorant à l’université Marc Bloch (Strasboug, France) a fait une contribution sur la traduction parrue récemment de l’œuvre de Mammeri “Inayes cheikh Mohand”, vers le français : “L’objectif est de voir si la version traduite est une lecture de l’originale ou plutôt un autre discours.Ce travail est faisable car il s’appuie sur des outils traductologiques nouveaux, en l’occurrence la traduction discursive. Il sera aussi la suite d’un travail entamé sur les traductions en kabyle de façon particulière”.“Nous avons organisé un colloque international, académique, universitaire, que j’espère à la hauteur de ce grand homme de culture.Nous avons voulu montrer l’universalité de l’œuvre de Mammeri”, nous a déclaré Hocine Fellag, vice-recteur chargé des relations extérieures et de l’animation scientifique de l’universitéde Tizi Ouzou, après la clôture du colloque.

Aomar Mohellebi

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