Fief de la contestation amazighe

Dans deux jours le Printemps amazigh fêtera son vingt-sixième anniversaire. Dix mars 1980, une conférence sur « les poèmes kabyles anciens » que devait animer, feu Mouloud Mammeri à Tizi Ouzou et qui avait été interdite. Cela a été le point de départ d’une contestation qui allait ébranler un système basé sur la répression. Les Kabyles sortent dans les rues. Des slogans anti-pouvoir pour l’ouverture démocratique et la reconnaissance de l’identité berbère circulent de localité en localité. Les lycées suivent le mouvement. Dix jours après, et plus précisément le dix mars, les élèves du lycée Ali-Mellah à Draâ El Mizan refusent de rejoindre leurs classes. Ne pouvant contenir cette colère, l’administration du lycée les a libérés pour sauvegarder l’infrastructure. C’est la première marche dans la région. « Nous avons marché du lycée jusqu’au centre-ville sous les yeux bienveillants des agents de police. C’était vraiment un souvenir inoubliable. D’un seul coup, le mot d’ordre a circulé comme une traînée de poudre », se souvient Hocine, aujourd’hui la quarantaine passée de trois ans. « Au niveau du lycée Ali-Mellah, il y avait des lycéens de toutes les localités, de Tizi Ghennif jusqu’aux Ouadhias. Nous avons eu des visites d’animateurs bien avant. La plupart d’entre nous apprenait tamazight en cachette. C’était tout de même pour nous un moyen de nous affirmer », enchaîna-t-il. Effectivement, à entendre d’autres témoignages, étant le seul lycée de la région, il était par excellence le foyer de la contestation. Les évènements se sont précipités. Malheureusement, à la fin de l’année, beaucoup de lycéens qu’on désignait comme meneurs, ont été exclus, souvent de façon arbitraire. En 1985, après l’arrestation des militants pour les droits de l’Homme, une autre génération prendra le flambeau de la protestation. Ils subiront le même sort : de nombreuses exclusions seront prononcées. En 2001, au cri des Ath Douala, après l’assassinat de Guermah Massinissa, les lycéens d’Ali Mellah organisèrent une marche, le vingt-cinq avril, avant d’être rejoints par leurs camarades du technicum de Hamdani et des collèges de la ville.

Amar Ouramdane