Beaucoup ont dû rebrousser chemin, le cœur déchiré, car tous les billets ont été vendus la matinée et au marché noir, le prix du ticket a atteint les 700 DA. Dans sa loge, Farid Ferragui a une pensée particulière pour tous ses fans qui ne sont pas parvenus à accéder à l’intérieur de la salle. Il profite de l’occasion pour déplorer l’absence d’une salle de spectacle d’une grande capacité dans la capitale des Genêts. En même temps, il est heureux que son public lui soit resté fidèle en dépit des traversées du désert. L’organisation chapeautée par Farid Daf et M. Alek était impeccable. La sonorisation aussi grâce à la maîtrise de Ahmed Abkari. Dans la salle, où il était impossible de dénicher une place, ni debout ni assise, on distingue la présence de beaucoup de jeunes ayant la vingtaine. Ils sont impatients. Il sifflent et scandent le nom de Farid tout en applaudissant. C’est alors que Hamid Moualhi, l’animateur, monte sur scène pour dire combien les retrouvailles entre Farid Ferragui et son public sont chaleureuses. Mais avant que l’artiste du jour ne monte sur scène, il faut bien ouvrir l’appétit en donnant la chance au jeune artiste Fourar de chanter. De dernier est tout satisfait de la réaction du public qui l’a longuement applaudi. Le moment tant attendu arrive alors et Farid Ferragui, vêtu d’un jean et d’une chemise blanche, monte sur scène et salue d’un geste de la main une salle pleine à craquer. Pour lui renvoyer le salut, le public se met debout et lance des acclamations interminables. C’est le début du rêve. Ferragui prend son luth et entame son récital avec une chanson rythmée Massinissa, qu’il avait composée en hommage aux victimes des évènements tragiques qu’a vécus la Kabylie en 2001. Ensuite, il interprète une deuxième, également à la mémoire des grands hommes de ce pays assassinés. Quand Farid Ferragui arrive au passage où il cite Tala Bounane, tout le monde comprend qu’il s’agit de Matoub Lounès, la salle est prise alors d’un tonnerre d’applaudissements. Durant la première partie qui a duré environ une heure, Farid a chanté des chansons sociales et politiques dont celle où il évoque les parents dont on ne réalise la vraie valeur qu’une fois disparus. Parmi l’assistance, beaucoup ont versé des larmes en entendant cette chanson pleine d’émotion.Mais les larmes, il y en aura dans la deuxième partie consacrée aux chansons dont le thème n’est autre que la déception amoureuse dont Farid Ferragui est le chantre. L’un des jeunes assis aux premières rangées dira que dans ce pays, il ne reste plus que l’amour. Comme si l’amour à lui seul ne suffisait pas pour construire tout le reste. Farid Ferragui entamera la deuxième partie par une très belle chanson enregistrée avec Yasmina il y a une dizaine d’années. D’autres chansons ayant marqué la jeunesse kabyle dans leur pérégrination sentimentale suivront, dont la plus appréciée : Agouni tayri.Au moment où Farid interprétait cette dernière, beaucoup parmi l’assistance, hommes et femmes, cachaient leur visage pour ne pas montrer leurs larmes, car l’heure était aux réminiscences. Ferragui a chanté avec ses tripes ce week-end à Tizi Ouzou et ses fans l’ont écouté avec leur cœur.A la fin du spectacle, la loge de l’artiste a été envahie par des centaines de jeunes qui veulaient à tout prix l’approcher et prendre des photos en sa compagnie. Il a fallu des efforts titanesque aux agents qui assuraient l’ordre pour gérer la situation. Les retrouvailles entre Ferragui et ses fans ont été agréables et mémorables. Quel bonheur ont pu vivre ces centaines de jeunes qui ont dû attendre des années pour se retrouver face-à-face avec leur idole !
Aomar Mohellebi
