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Les Nuits de l’absence, de Mohand Cherif Zirem

C’est dans une époque où les “Sirènes” de la poésie ne sont plus écoutées que Mohand Cherif Zirem, un jeune éditeur d’Akfadou a décidé de publier ses propres poèmes en un recueil qui porte un titre fort pessimiste : Les nuits de l’absence. C’est à croire que depuis Baudelaire la poésie est devenue un exutoire pour une extraversion, un moyen révolutionnaire pouvant soulever ou accompagner les peuples dans leurs luttes pour leur émancipation.Edité par les éditions de l’auteur lui-même le recueil se scinde en deux parties Survivre à la marge des jours, et le tunnel se prolonge.Dans les pièces poétiques de la première partie de l’œuvre, le poète titube, se noie dans l’absence se chagrine, devant le spectacle de la violence humaine et naturelle, s’enivre des rimes “spleenantes” de Omar Khayyâm et aimant les livres de sa muse mieux que ses livres, il se perd dans les chemins qui tentent. Et comme nul ne peut résister à la tentation, le poète “improvise une étoile”, part vers nulle part, poireaute dans son désert et se meurt en silence en louant le Printemps noir. Et comme son “Sahara est si prospère”, il rêve en ermite dans l’absence et le vide.“La terre tremble”Les bâtisses s’effondrent Comme des châteaux de cartesSous les décombres, des mortsen pagailleLe spleen impose ses chantsSur cette même terreLe sang de la barbarie humaineSe mélange au sang du séismeUn enfant s’éteint sous le bétonEt un autre sous la hucheOn apprend à mourirà chaque halteMais bien avanton survitA la marge de la vieUne vie qui nous est otéeAvant l’au-delà”Ecrit-il dans le poème Mourir aux couleurs de l’absentDans la seconde partie “le tunnel se prolonge”, le poète confirme que le tunnel, son tunnel dramatique “est incommensurable” en d’autres termes, sans bout mais attention plein de boue au point qu’il sent l’odeur de son désarroi. Là, le temps n’est qu’un naufrage démoniaque, les mots ne se conjuguent guère, les bras ne s’ouvrent qu’à mi chemin de la déchéance, les corps sont sans mouvements, les visages sans sourire, le temps est dépucelé… au point que le poète titube encore et encore dans presque tous ses poèmes.Et évidemment la nuit l’accapare. Poèmes écrits dans une Algérie ravagée par le terrorisme et l’incurie des responsables les Nuits de l’absence resteront un témoignage d’un jeune algérien touché au plus profond de soi.

Boualem B.

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