La Dépêche de Kabylie

Après les sachets noirs, les petites bouteilles en verre

Ceux qui, naïvement, pensaient qu’une bonne partie des problèmes environnementaux prendraient fin avec l’interdiction de la fabrication et de l’usage de ce qui, pour notre plus grand malheur, a remplacé sans que l’on sache trop ni pourquoi ni comment le couffin joliment tressé — il s’agit du hideux sachet noir — devraient bien vite déchanter. Un danger d’un tout autre calibre menace les équilibres écologiques de la région. Omniprésent, il s’accumule en tas qui grandissent à perte de vue car non biodégradables et surtout d’un accès facile à tous. Il s’agit de la minibouteille de bière qui offre l’immense avantage pour le consommateur de n’être soumis à aucune consignation. Communément appelé « emballage perdu », il illustre le concept anglo-saxon de « consommer et jeter ». Il n’y a pas d’endroits, de coins et de recoins qui ne soient sous l’emprise de cet envahisseur, du « 4e type », dont personne, en vérité, ne sait comment s’en débarrasser. Le geste de jeter la bouteille vide par la fenêtre de la voiture, répété des milliers de fois par jour, est devenu si banal que personne n’y prend garde. Ça fait jeune de consommer et jeter le contenant, avec cet air négligé et dégagé propre à une jeunesse dorée ou pas, ça fait « in » et c’est dans l’air du temps, tant le paraître se joue de « l’être »… !Les pouvoirs publics, dont il est attendu une attention des plus soutenue s’agissant de l’impact sur l’environnement, font preuve, à l’occasion, d’un laxisme proportionnel aux enjeux générés par une consommation exponentielle et une permissivité rarement atteinte. Les autorisations de brasser à tour de bras, malts et houblons, pleuvent sans qu’il ne soit jamais exigé des brasseurs de trouver une issue aux contenants. Ils ne sont pas récupérés car sûrement amortis. Et plutôt 2 fois qu’une ! Résultats : pas un endroit de la région qui ne recèle ces trophées douteux, acquis bien trop facilement et auxquels les mineurs ont droit, car les vendeurs de boissons à emporter ne sont pas trop regardants. Il suffit de prononcer le fameux sésame : « C’est pour mon oncle », pour accéder au breuvage de Dyonisos ! Et comme le civisme n’a presque plus droit de cité dans notre société sous peine de passer pour un ringard, un périmé, il est aisé de faire une projection sur l’avenir et de parier sur le jour où notre pays devra payer, rubis sur l’ongle, ceux qui voudraient bien nous débarrasser de ces montagnes de bouteilles ayant contenu jadis un breuvage blond, pétillant, objet de tous les désirs et instrument privilégié de notre machisme !La si belle route côtière, qui de Béjaïa rejoint Azeffoun en traversant ces magnifiques écrins dont les noms évoquent plaisirs de la mer, farniente et nature exceptionnelle, est balisée de détritus de toutes sortes où trône en bonne place la bouteille de bière, vide, expression d’une inculture patente au service d’un florilège d’âneries sur fond de bêtises car à la moindre remarque faite à un quidam pris en flagrant délit, c’est le ciel qui vous tombe sur la tête ! Affichant morgue et suffisance, il déclare sans sourciller qu’il est libre, libre de polluer ! Jamais peut-être au cours de l’histoire, la nature n’a été autant malmenée. Il est vrai que le développement et les biens de consommation qui s’y rattachent sont sans commune mesure avec ce qui constituait le quotidien de nos aïeux ! Comme il est aussi vrai que nous n’avons pas le monopole des produits de large consommation. La société de consommation, à ce que nous sachions, est née ailleurs, pas chez nous. La différence, l’énorme différence, c’est qu’eux ils prennent en charge leurs déchets. Nous, pour ce qui est d’initier servilement les autres, nous exerçons un quasi monopole dommageable. Mais qui s’en soucie réellement ?

Mustapha Ramdani

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