De notre envoyé spécial à Oran Aomar Mohellebi
La troisième édition du Salon national du livre amazigh qu’organise le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) se tiendra du 16 au 19 mai prochain au Palais de la culture d’Oran. Si El Hachimi Assad, directeur de la promotion culturelle au HCA et épine dorsale de cette institution, était hier dans la capitale de l’Ouest pour apporter les dernières retouches aux préparatifs. Cette année, ce salon du livre qui intègre aussi le multimédia berbère est organisé sous le patronage du ministère de la Culture avec la collaboration de la Bibliothèque nationale, l’Anep (Agence nationale d’édition et de publicité) et l’Association culturelle et sportive Numidia. Au siège de cette dernière, vendredi soir, tous ses animateurs étaient sur le pied de guerre, pour être à la hauteur de ce rendez-vous. Said Zamouche, président de l’association, affirme que ce salon du livre aura un écho certain, d’abord compte-tenu de l’importance de la communauté amazighophone dans la région, mais aussi parce qu’il y a beaucoup de Kabyles qui s’intéressent à la lecture et à l’écriture en langue berbère. Dans la ville d’Oran, on trouve de nombreux auteurs ayant déjà publié, à l’image de Djamel Benaouf, auteur d’un roman et d’un recueil de poésie sortis aux éditions “l’Harmattan”, Abdellah Hamane, auteur de plusieurs contes et d’une traduction de Roméo et Juliette, publiée récemment par l’association “Numidia”. Oran compte aussi des dizaines de poètes kabyles, à l’image de Nadia Banamar et Achouri, originaires tous les deux de la daïra de Draâ El Mizan. Des auteurs viendront de la Kabylie pour enrichir cette rencontre. Tahar Ould Amar présentera pour la première fois son roman Bururu sorti il y a une quinzaine de jours chez “Azur Editions”, alors que Brahim Tazaghart parlera de son recueil de poésie Akin i tira “Azur édition”. Hamid Oubagha, auteur et président de l’association “Imedyazen” d’Alger, animera une conférence. Des auteurs modestes ont été conviés par le HCA. L’universitaire Saïd Chemakh (docteur en linguistique berbère) prendra part à ce salon au cours duquel sont programmés des récitals poétiques et des ventes-dédicaces. Des ateliers d’écriture en tamazight seront animés durant ces quatre journées par Hamid Bilek, Boudjemâa Aziri et Abdennour Hadj Saïd (cadres au HCA). Le Haut Commissariat à l’amazighité œuvre contre vents et marées au maintien de ces activités traditionnelles avec l’appui indéfectible du département ministériel de Khalida Toumi, grâce auquel des dizaines de livres en berbère ont pu être imprimés en coédition avec l’“Anep”. Mais il s’agit souvent d’opuscules où la poésie (d’un niveau discutable) domine. La production livresque en berbère est très pauvre. En 2006, un seul roman (Bururu de Tahar Ould Amar) a été édité après que l’auteur eut fait face à des pérégrinations de toutes sortes. Des romanciers de talent comme Ahmed Nekkar (lauréat du prix Mouloud-Mammeri) après la publication d’un remarquable roman Yuggar Icerig tafawets à compte d’auteur, a disparu de la scène littéraire car, dit-il avec amertume, il n’y a pas de lectorat pour le roman amazigh. Ses autres livres, fins prêts pour l’édition, sommeillent dans les tiroirs de l’oubli. L’écrivain Ahmed Nekkar n’a jamais été invité pour ce genre d’activité. Le romancier Youcef Oubellil auteur de Arrac N Tefsut (lui aussi, lauréat du prix Mouloud-Mammeri), non plus, ne figure pas sur la liste des invités de ce salon. On annonce par contre un auteur de marque, Amar Mezdad. Sa venue à Oran enrichira incontestablement ce salon et encouragera la jeune équipe du HCA qui fait de son mieux pour assurer sa mission. Mais la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle possède.
A.M.
