Site icon La Dépêche de Kabylie

Les architectes n’ont toujours pas le dernier mot

Il y a un manque flagrant dans les cahiers des charges appliqués dans le secteur de la construction et de l’urbanisme. Actuellement, les cahiers se limitent à définir les aspects réglementaires relatifs à la hauteur et aux dimensions à respecter dans le bâtiment, mais ne définissent pas ce qui permettrait une architecture cohérente pour chaque zone constructible. Résultat : des bâtiments très différents dans une même zone. C’est l’absence de textes d’applications, en dépit d’un arsenal juridique relatif au secteur. Ce constat nous vient de Mohamed Redha Guellil, président de l’Ordre des architectures (ODA), qui s’est exprimé hier sur les ondes de la Chaîne III, dans l’émission matinale, « L’invité de la rédaction ». Ce dernier évoquera le rôle de l’architecture dans le processus de construction en Algérie. Un rôle réduit à sa plus simple expression. « La place de l’architecte dans le processus de construction est similaire à celle d’un chef d’orchestre, dans l’ensemble qu’il est chargé de réaliser. Malheureusement, en Algérie l’architecte occupe simplement la place de faire-valoir », déplore-t-il. Et d’ajouter : « à partir du moment où les documents réglementaires sont délivrés, les architectes perdent la main dans le suivi des réalisations, ce qui se reflète sur la qualité du bâti ».Le président de l’ODA, soulignera aussi que les architectes sont confrontés au souci de répondre dans des délais extrêmement courts à la commande, toujours plus pressante, des maîtres d’ouvrages. « Nous construisons en Algérie dans une situation de crise perpétuelle. Cela engendre l’aspect délabré de nos villes », observe-t-il. Par ailleurs, l’orateur estimera qu’en Algérie, le recours obligatoire et systématique à l’architecte avant de lancer un projet de construction est une « bénédiction pour nous ». Car dans d’autres pays il est obligatoire qu’en dessous d’un certain seuil, comme en Tunisie (superficie de moins de 80 m2) et en France (120 m2), précise-t-il. « En Algérie, la loi oblige au recours automatique à l’architecte quelle que soit la superficie du bâti », poursuit-il. Cependant, l’orateur déplore que dans le processus de réalisation, les architectes comme les ingénieurs ne soient pas associés au contrôle des constructions, qui est le seul moyen de garantir la qualité du bâti, de points de vue sismique, de viabilité et esthétique. « Malheureusement, les architectes et les ingénieurs n’ont pas le dernier mot », relève-t-il. Concernant le permis de construction, l’Ordre des architectes a toujours revendiqué d’impliquer davantage des professionnels de la construction dans le suivi et la délivrance d’un certificat de conformité. Une revendication qui a été ignorée par les pouvoirs publics. « Ce qui s’est produit, c’est que la procédure pour le permis de construire a été compliquéz, en rendant obligatoire le recours à l’expertise d’un ingénieur pour la délivrance de ce document », explique-t-il. Et de poursuivre : « cette situation, qui est intéressante pour garantir une qualité des études, n’est, en revanche, pas suffisante pour garantir la conformité des documents réglementaires ». C’est à cet effet, que l’ODA a proposé aux pouvoirs publics de renforcer les structures de contrôle et quelques méthodes pour le financement des moyens nécessaires à ce renforcement.

Elias Ben

Quitter la version mobile