Il est dans l’histoire de la littérature universelle, d’admirable exemple de courage et de don de soi. Des auteurs aux valeurs morales très élevés se sont sacrifiés pour leur idéal, un idéal qui rime avec humanisme et générosité. « Heureux ceux qui sont morts pour la terre Charnelle / Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés / Dans la première argile et la première terre / Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre / Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés / », écrit Charles Peguy chantant les mérites du sacrifice suprême. En auteur conséquent avec soi-même, en étant à cheval sur ses principes, il ira au bout de son idéal, en mourant en héros sur le champ de bataille, en 1914. L’un de ses principes « mourir plutôt que se soumettre » a trouvé dans sa mort héroïque, sa pleine réalisation. En intellectuel nationaliste défendant jusqu’au bout sa terre et ses valeurs traditionnelles, loin de lui l’idée de se rendre ou de capituler. N’a-t-il pas d’ailleurs écrit : « Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle, on se met à expliquer au lieu d’agir ». Toute la vie de Charles Peguy a été faite d’actions et de luttes ininterrompues. Vient-il de terminer sa lutte contre l’étroitesse intellectuelle et littéraire, qu’il commence à s’attaquer aux mensonges des partis politiques, son indignation contre les anti-dreyfusards vient-elle de s’apaiser qu’il s’élève contre les socialistes, ses camarades, quand il lui apparaît que ceux-ci sont en contradiction avec son idéal religieux. Socialiste et dreyfusard à sa manière, il a été de tous les combats d’avant-garde de son temps. Charles Peguy vient au monde en 1873, d’une famille de modestes paysans. A peine âgé de dix mois, il perd son père et son éducation sera assurée par sa mère, une ouvrière qui se démène comme une folle pour le bien-être de sa fils. Elève assez laborieux, il suit des études qui ne prendront fin qu’avec son échec à l’agrégation de philosophie. Ouvrant une boutique dans la célèbre rue de la Sorbonne, il va procéder à la fondation d’une revue « Cahiers de la Quinzaine » qui lui servira, pendant quatorze années, de tribune pour exprimer ses idées les plus profondes et participer activement à tous les débats importants de son époque. C’est le 5 janvier de l’année 1900 que paraît le premier numéro de ces « cahiers » célèbres qui étaleront au grand jour les dons de polémiste redoutable et de pamphlétaire intransigeant de Peguy. Ces « Cahiers » animés de 1900 à 1914 sont une source d’information importante sur les grands débats qui secouèrent la France à la veille de la Première Guerre mondiale. A côté de ses activités de polémiste et de pamphlétaire, Peguy développe une autre vocation, poétique celle-ci, qui va lui permettre de laisser des livres époustouflants de beauté. Son art poétique dont les débats remontent à 1897 avec le drame « Jeanne d’Arc », trouvera sa pleine expression quelque quinze ans plus tard avec la parution de « Les Tapisseries » écrite dans un genre poétique nouveau qui rebutera, d’ailleurs, les lecteurs contemporains. L’œuvre, d’un genre inouï, n’a pu être comprise par les contemporains. La presse ne lui accorde guère d’écho. Ceux qui connaissent le mieux Peguy- Romain Roland, Jules Benda – n’y voient qu’un « tour de force ».
Boualem B.
