Danse avec les loups

Depuis quelques jours les attaques et menaces de deux formations siégeant au gouvernement et faisant partie de l’Alliance présidentielle, en l’occurrence le FLN et le MSP, se font plus frontales et dépassent tout entendement. Aujourd’hui nous assistons à une escalade dans la « lutte anti-Ouyahia », puisque Belkhadem a rencontré Louiza Hanoune, et s’apprête à recevoir Abdellah Djaballah. Quant on sait ce que pensent ces deux derniers du chef de l’Exécutif, il est facile de deviner de quoi ils vont parler avec le SG de l’instance exécutive du FLN. Ce dernier a également actionné son chef de groupe parlementaire qui menace Ouyahia, d’un vote d’une motion de censure s’il venait à se présenter devant les députés. En effet, que ce soit Belkhadem ou Daâdoua, ils invitent le chef du gouvernement à descendre à l’APN pour présenter sa déclaration de politique générale au risque de se faire « descendre ». Le FLN qui va proposer bientôt au Président une révision constitutionnelle, sait mieux que quiconque ce que stipule l’actuelle constitution, qui est – il faut le rappeler – encore en vigueur. Dans son article 84, la Constitution stipule que le chef du gouvernement se présente une fois par an devant les députés avec sa déclaration de politique générale. Cette dernière est débattue par les élus du peuple, qui ont la latitude après les débats de voter une motion de censure contre le gouvernement. Si cette motion passe, le gouvernement Ouyahia tombe. Tout cela en sachant que ceux qui le menacent, c’est-à-dire le FLN, sont majoritaires à l’Assemblée. Alors se pose la question de toutes ces menaces de Belkhadem, et qui invite en même temps Ouyahia, de lui éviter de le faire tomber. Faut-il également rappeler que le gouvernement indésirable aux yeux du FLN, compte quelque seize (16) ministres issus de ce parti. Tout ce branle-bas de combat et de manœuvre, tient en réalité à une seule équation : le Président et Ouyahia s’entendent-ils ou non ? Après avoir écouté Bouteflika durant son discours à l’occasion du 50ème anniversaire de l’UGTA faire les louanges d’Ouyahia, la réponse est aisée. Cette réponse est confortée par le Président à Constantine quand il a désigné Soltani et Belkhadem, leur reprochant de ne pas faire grand chose. Ouyahia encensé par le Président, et Soltani et Belkhadem indexés sont des faits et des gestes que le Président n’était pas obligé de faire, si ce n’était une conviction intérieure. Dans ce cas-là, il ne reste pas beaucoup de scénarii à étudier. 1) Ouyahia descend à l’APN ; le FLN aura deux choix. Ou il baisse la tête et laisse passer, ou il vote la motion de censure et fait tomber le gouvernement. Dans ce cas le président de la République nomme un chef du gouvernement (qui peut être Ouyahia). Si l’APN vote une deuxième motion de censure, le Président dissout l’Assemblée. 2) Ouyahia ne va pas à l’APN : et là personne ne peut prédire ce qui va se passer, puisqu’on restera dans le domaine de la spéculation et des menaces via les journaux.

Chérif Amayas