Un canular de mauvais goût

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De qui se moque-t-on en décrétant un mois dédié à la culture, à la nourriture de l’esprit à Béjaïa et pompeusement affublé du vocable Mois du patrimoine ? Sûrement pas du citoyen à qui on ne la fait plus car connaissant avec exactitude l’état de nos sites et monuments. Si c’est pour nous offrir une pâle imitation de ce qui se fait brillamment ailleurs, faites nous messieurs l’économie de déclarations plates, tendant à faire accroire (à qui en fait ?) que le patrimoine important de l’ex-ville lumière est entretenu, restauré, en bon état de conservation en somme. A moins que le concept de patrimoine, revu et corrigé, ne revête une signification toute particulière et qu’il faille entendre par visite du patrimoine celle rendu aux vieilles pierres dont la résistance à l’usure inexorable du temps s’effiloche de jour en jour ! Des sites et de leur état, parlons- en ! la Casbah. Mis à part un dortoir dont l’origine remonte à l’occupation française restauré, non pas à l’identique car les spécialistes en vieilleries ne courent pas les rues et présenté à tort comme la mosquée d’Ibn Khaldoun, le reste est à l’état vierge, en ruines. Ce site, à lui seul constitue un livre ouvert sur l’histoire médiévale de Béjaïa où des strates des différentes civilisations sont encore présentes. Prévu pour abriter une annexe de la Bibliothèque nationale, dotée de livres non estampillés et en piètre état, le projet n’a fonctionné que le temps des pâquerettes.Bordj Moussa, cette imposante bâtisse bâtie sur les ruines d’un palais hammadite par les Espagnols et qui de par la terreur que sa seule vie suscite offre aujourd’hui encore pour d’autres raisons, un aspect peu engageant tant il a besoin d’un relifting en profondeur. Pour un peu, on l’ajouterait aux 7 merveilles du monde antique pour ses jardins (sauvages) suspendus et luxuriants, figuiers et autres espèces d’arbustes poussent entre les interstices des blocs de pierre monumentaux, tout en haut de l’édifice !Le Cippe romain, une fontaine stylisée, sis sur l’esplanade de l’Hôtel de ville a perdu de sa superbe et de sa valeur historique puisque de l’extraordinaire épopée, écrite en latin et traduite en français, relatant la construction de l’aqueduc Toudja-Saldoë (la Béjaïa romaine), il ne subsiste pas grand chose depuis qu’un peintre en bâtiment, dans un trait de génie destructeur a passé sur la fontaine une couche de chaux, masquant ainsi totalement les caractères et la saga des légions romaines, bâtisseurs de génie devant l’éternel… On achève bien l’histoire…Les murailles hammadites s’effritent, le tribunal, chef-d’œuvre architectural s’écroule par pans entiers. Le quartier Bab Ellouz qui a compté au summum de sa splendeur 100 000 feux, réplique de la célébrissime Troie ou Illion, la cité construite 13 fois, palier sur palier et détruite autant de fois. Bab Ellouz, qui a abrité et stratifié plusieurs civilisations, recèle, à n’en pas douter des trésors archéologiques, enfouis, qui feraient le bonheur des amoureux des vieilles pierres, tombe en ruines. De qui se moque-t-on en évoquant “la culture muséale”? De quels musées parle-t-on quand on sait que des toiles de maître, notamment celle d’Emyle Aubry, grand prix de Rome, mécène et donateur, dorment dans les catacombes de Bordj Moussa, dans un vrai défi au temps, à l’humidité et moisissures.A Béjaïa, le devoir de vérité échappe à ceux chargés tout spécialement de la protection des vieilles pierres. Loin de leur jeter la pierre car ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens dérisoires qui sont les leurs. Mais plutôt que de se lancer dans un verbiage, toujours le même, stérile, tendant à travers forces redondances et figures de style de genre “pérenniser le patrimoine commun après l’avoir restauré relève, à la limite de l’imposture. Que dire en effet à ceux qui font la sourde oreille aux injonctions de Mme la ministre de la Culture. Il s’agit là de la plaque en tamazight à placarder à l’entrée de la Casbah et qui n’a jamais été posée. Que dire des gardiens, incultes, recrutés tous à partir d’un seul et même village qui se trouve être celui d’un ex-directeur de la culture ? Trop, c’est trop ! La coupe est pleine.A ces ronds-de-conduire à qui il est amicalement recommandé de se taire à jamais, imitant en cela les vieilles pierres et les rites séculaires, une autre question : qu’avez-vous découvert qui ne soit déjà connu, inventorié… ?Seule Getrimale que nous respectons énormément s’agite autant qu’elle peut ou plutôt autant que ses bien maigres moyens lui permettent, sonnant à intervalles réguliers le tocsin pour réveiller les consciences et attirer l’attention des décideurs sur le fabuleux trésor qui dort à quelques mètres sous terre. Même si l’inertie est une urgence à respecter et entretenir à tout prix, il faut continuer à en parler, à faire dans l’agitation positive, ce qui est différent de la gesticulation destinée au plus, à amuser une galerie.

Mustapha Ramdani

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