Le livre est tout indiqué pour permettre à la langue, tamazight en l’occurrence, de transcender les archaïsmes. Mais cela suppose une production livresque importante et diversifiée. Dans le sillage de « l’ouverture démocratique » et comme par enchantement, les instincts de coucher les mots sur du papier se sont libérés. On écrivait, alors que tamazight, la langue, était et est toujours en chantier. L’acte d’écrire ne se souciait pas, comme dira De Saussure, « Du signifiant ». Beaucoup de manuscrits finissaient dans les tiroirs. D’autres seront « imprimés » à compte d’auteur. Le tout, à quelques exceptions près, s’empiétait dans la thématique politico-identitaire. Et la révolution continue ? Le souci du livre était un peu celui de la chanson engagée des années 70 avec la beauté formelle en moins. Anachronisme. Vint le Haut Commissariat à l’amazighité. L’institution est chargée de promouvoir tamazight langue et culture. Elle organise en 2004 la première édition du Salon national du livre et du multimédia amazighs. Ce nouvel espace avait suscité beaucoup d’espoir quant à la « régulation » des énergies disparates et la prise en charge intelligente du livre. Deux années après la première manifestation nationale du livre amazigh, le HCA décide de recourir aux prestations d’universitaires qu’il chargera de se prononcer à propos des manuscrits qu’on lui soumet pour être édités. La commission de lecture qu’installera le Haut Commissariat fera sans aucun doute le tri. Ainsi, les prochains livres édités par le HCA sont condamnés à être de qualité, du moins dans leurs aspects formels. Cela est-il suffisant ? En fait, la commission n’intervient que dans la forme. Ce qui veut dire que le véritable tri est du ressort du lecteur. Le livre étant, faut-il le rappeler, un produit marchand, ce dernier ne mettra la main à la poche que pour « acheter la qualité ». Mais déjà, ce lecteur existe-t-il ? On a tendance à croire que l’école se charge de fabriquer le lecteur. Pas évident. Car si l’école fondamentale pouvait susciter le plaisir de lire, elle l’aurait fait avec les langues arabe et française. Cela dit, le lecteur existe. Il s’agit de ce Kabyle lettré dans d’autres langues, ce partisan du moindre effort qui continue à mépriser sa langue puisque il ne fait pas le petit effort d’apprendre à l’écrire et à la lire et pourquoi pas à l’enrichir. La situation est encore plus ahurissante quand on sait qu’un jeune Kabyle est prêt à donner sa vie pour tamazight mais pas quelques dinars pour acheter un livre. Ceci dit, acheter un livre par militantisme est un acte qui ne tient pas la route, puisque le livre en question finira dans un tiroir, sans jamais être lu. Il est donc impératif qu’une réflexion à même de susciter le plaisir de lire soit engagée par les universitaires et autres institutions chargées de la promotion de tamazight langue et culture. Dans cet ordre d’idée, l’initiative de créer à partir de Béjaïa « le collectif » d’auteurs de langue amazigh et en soi un saut qualitatif. La concrétisation des recommandations du HCA retenues à Oran propulser sans aucun doute le livre d’expression amazigh dans cette dimension… universelle.
T. O. A.
