La Dépêche de Kabylie

Des visiteurs par milliers

Spectacle réjouissant pour les yeux, surtout ceux des commerçants pour qui l’afflux de visiteurs conjugué à la clémence du ciel constituent une des aubaines de l’année. En d’autres termes, la saison estivale, celle de toute les affaires a commencé. Le week-end qui vient de s’écouler a vu des milliers de jeunes écoliers et de moins jeunes estivants prendre d’assaut les deux étapes fétiches, les deux haltes incontournables de la cité hammadite et sans lesquelles toute visite deviendrait nulle et sans véritable objet : la place Gueydon, la célébrissime, connue ici comme ailleurs (prononcez guido ou guidou pour faire étranger…) et le sanctuaire de la sainte patronne de la ville : Yemma Gouraya. La place Gueydon offre un panorama exceptionnel sur la baie de Béjaïa, des cafés-terrasses, des tables bien à l’abri sous d’immenses parasols, des glaces et pizzas pour tous les goûts… C’est par familles entières, venues de tout près comme des wilayas lointaines, que l’on s’attable, sans complexe, ni fausse pudeur dans ce qui est devenu un espace de liberté pour les femmes, sanglées dans des uniformes hideux, venus d’ailleurs, et qui sitôt attablées prennent leurs aises. Premier geste, le même renouvelé des milliers de fois : se débarrasser du foulard, dégager les cheveux en les secouant, comme ça, l’air de rien. Ce petit geste, d’apparence fort anodine, fait sous l’œil attendri et approbateur du mari et l’admiration hébétée des moutards qui n’ont jamais peut-être vu leur mère ainsi, belle, libre, révèle bien des comportement inhibés par une société de plus en plus castratrice. Qui a dit au fait que nos femmes aiment le foulard ?L’après-midi, le profane cède la place au spirituel, soft, saupoudré de réminiscences, animistes locales. Il n’est pas question de répartir, le plus tard possible selon les vœux des mioches surtout, sans la bénédiction de Yemma Gouraya. Bien plus tard, sur le chemin du retour, le car est silencieux, plus question à cette heure tardive de chants. Corps et esprits sont rompus. L’image de Béjaïa hantera longtemps femmes et enfants. Pour des raisons différentes, certes, mais avec le même émerveillement, celui de quelqu’un qui s’éveille à la vie. Le mouvement amorcé, cette fin de semaine va en s’accentuant et Béjaïa l’accueillante retrouvera son allant, son entrain et sa joie.

Mustapha Ramdani

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