Va-t-on privatiser 600 ou 1 000 entreprises ?

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«Il y a un désaccord entre les experts algériens, au plus haut niveau de l’Etat sur le nombre d’entreprises à privatiser. Certains parlent de 1 000, et d’autres de 600 entreprises», a déclaré l’expert international et professeur d’économie à la Sorbonne, Camille Sari, lors d’une conférence animée jeudi dernier à l’Institut international de management (INSIM).Dans sa communication intitulée «Privatisations : expériences mondiales – forces et faiblesses de chaque expérience», le professeur explique que le désaccord réside dans l’entité à privatiser, «certains veulent privatiser uniquement les entreprises, d’autres estiment qu’ils doivent au départ privatiser les filiales.»En Algérie, dira-t-il, toutes les conditions sont réunies pour opérer le passage, d’autant plus qu’on va avoir une hausse des prix du pétrole pendant au moins dix ans.Le schéma préconisé pour l’industrie “industrialisée” en Algérie, dans les années soixante-dix, n’a pas été respecté, selon l’intervenant. En guise d’illustration, le professeur a évoqué le cas ENIEM, qui devait générer des petites activités indépendantes financièrement, mais cela n’a pas été le cas.«Les responsables des années 80, ont eu des hésitations à libérer ces activités. Il y a eu tout un processus d’autonomisation mais pas financier, puisqu’il dépendait toujours des pouvoirs publics», argue-t-il. En plaidant de suivre le modèle hongrois dans le processus de privatisation, qui a connu une transition sereine de l’économie dirigée vers l’économie de marché, il indique que la problématique en Algérie, c’est qu’on a trop suspecté le privé de vouloir uniquement gagner de l’argent, alors qu’il pourrait donner aisément un coup de fouet à la relance économique. En mettant en exergue l’apport du privé, l’orateur dira que le nombre de PME en 2005 dans le secteur privé est de 245 842, alors que le public n’enregistre que 875 entreprises.Pour le professeur, la privatisation doit commencer par l’évaluation de toutes les activités connexes, «elle doit se traduire en apport de fonds et de capitaux pour éluder la constitution de conglomérat comme la mafia russe, contrairement à la Hongrie où les privatisations se traduisent en apports de devises», souligne-t-il. Et d’ajouter : «Je conseille l’Algérie de ne pas suive l’expérience russe, qui a favorisé une économie déréglementée, sans se rendre compte de l’émergence d’une maffia économique et du secteur informel, ni celle de la Pologne qui a opéré une thérapie de choc.» Le résultat de cette politique a rendu leurs banques centrales des imprimerie de billets de banque uniquement, à la fin des années 80.L’expérience polonaise s’est traduit par un passage brutal de la monopolisation de l’Etat à son effondrement, en démissionnant de son rôle de régulateur, précise-t-il. Prônant la formule hongroise, Camille Sari explique que les entreprises de ce pays ont développé d’abord un esprit entreprenable, avant d’aller sereinement vers l’économie de marché. «Au bout de quelque temps, la Hongrie est devenue un pays très développé et l’avantage de l’expérience est qu’elle apporte de l’argent frais.» Le secret de cette réussite réside dans le fait que ce pays a développé une privatisation sans dogme, assène-t-il. Actuellement 30% d’entreprises investissent dans le pays et 70 % à l’étranger, ce qui fait que 60 % de capitaux sont générés par les entreprises hongroises, investissant à l’extérieur. Un état de fait encouragé par la tendance mondiale qui cherche présentement des investisseurs étrangers. Mettant à profit l’expérience chinoise dans son parallèle entre économies des pays et l’Algérie, Camille Sari estime que la Chine a su faire le passage prudemment, eu égard à sa culture ancestrale et ses dogmes, en commençant par une ouverture aux étrangers pour faciliter l’arrivée de l’industrie étrangère..“Le géant qui s’est réveillé”, conclut Camille Sari, compte franchir une nouvelle étape de privatisation : celles de quelques banques”.

M.Ait Frawsen

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