Comme récompense pour services rendus, Rabah Yousfi ne peut pas dire qu’il soit comblé. Comme celle de beaucoup d’Algériens, ayant combattu pour la France, la situation de cet ex-soldat est plutôt burlesque. 32,35 Euros, tel est le montant trimestriel de la pension que l’Etat français a alloué à un de ceux qui, en face de l’ennemi n’était pas un combattant différent de ses camarades de l’Hexagone. Ces derniers, pour la même période d’activité, disposent d’un revenu sans commune mesure avec ce pécule ridicule. Cet engagé volontaire cumule une dizaine d’années d’activités, au service de la France, soit 4 ans, durant la deuxième Guerre mondiale, de 1942 à 1945, puis 5 ans en Indochine de 1946 à 1950, avant d’exercer la fonction de vaguemestre, durant une année et demie, dans les années 60. Durant ces guerres, cet octogénaire (il est aujourd’hui âgé de 85 ans) a été blessé à deux reprises et a, en prime, contracté la tuberculose pulmonaire. Il insiste pour dire « qu’en tant que garçon unique, si j’avais été tué, il n’y aurait personne, aujourd’hui pour perpétuer le nom de ma famille ». Les anciens soldats français, vivants, de cet âge ne sont plus nombreux. Ils sont habituellement honorés à chaque fête nationale. On ne rate jamais l’occasion, lorsqu’elle se présente, pour montrer aux nouvelles générations l’exemple de ceux qui se sont sacrifiés pour la patrie. Cependant, ceux qui ont combattu à leur coté, qui étaient leurs frères de combat face aux Vietnamiens, sont subitement redevenus des étrangers avec des droits différents, en tant de paix. Toutes les autorités françaises ont été saisies par M. Yousfi qui leur a fourni les documents attestant de son invalidité suite aux blessures qu’il a subies avec un coupe-coupe. Toutes leurs réponses, y compris celle du président de la République française, le renvoient, soit aux autres instances, soit aux articles de loi qu’il ne comprend pas et qui de toutes façons sont loin de le convaincre. « Pourquoi, la pension d’un résident en France, ayant autant d’années de service que moi, doit-elle être supérieure à la mienne ? » Une missive du ministre de la Défense française datée du 24 avril 1989, s’agissant des pensions, cite l’article 26 de la loi des finances n°81 374 du 3 août 1981 qui précise « que les prestations…sont restées bloquées au tarif en vigueur au 3 juillet 1962… l’Etat français a cessé de reconnaître tout droit nouveau aux ressortissants de votre pays ne résidant pas en France depuis le 1er janvier 1963 ». Ayant frappé, en vain, à toutes les portes, M. Yousfi ne perd pas l’espoir d’être entendu, lui qui se sent humilié par cette « pension de misère ». Il se bat depuis une vingtaine d’années et continuera à le faire jusqu’à son dernier souffle, jusqu’à ce qu’on lui reconnaisse ses droits.
Nacer B.