L’Algérie compte 2 000 décharges sauvages

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Les Algériens, dans les grandes villes notamment, produisent en moyenne entre 0,5 et 1,2 kilo de déchets par jour et par personne, 5,2 millions de tonnes ou 5 millions de m3. La ville de Bgayet à elle seule génère 80 tonnes de déchets par jour, soit en volume 161 m3, c’est ce qu’a indiqué entre autres, Rachid Ketrane, spécialiste en matière d’environnement, lors de sa conférence sur les déchets solides, donnée jeudi dernier au TRB à Bgayet.S’appuyant sur une étude réalisée par les services chargés de l’environnement, il a révélé par ailleurs que sur les 2 000 décharges qui existent en Algérie, aucune ne correspond aux normes de décharge contrôlée. Autrement dit, elles sont toutes sauvages, y compris celle de Oued Smar, car, explique-t-il, une décharge contrôlée doit avoir au moins une clôture pour que les animaux ne puissent y accéder et les admissions de déchets sont surveillées ne serait-ce que par le gardien. La wilaya de Bgayet, quant à elle, compte 100 décharges et la ville de Bgayet renferme à elle seule 25 décharges sauvages.Le fait de mettre les ordures dans la poubelle et de les transporter jusqu’à la décharge ne règle pas pour autant le problème des déchets. Car on n’a fait que les déplacer et tant qu’ils ne sont pas convenablement traités, ils sont toujours là et pour plusieurs décennies, à polluer le sol et les nappes phréatiques, à rendre l’air irrespirable et à défigurer le paysage, souligne le conférencier pour attirer l’attention des responsables concernés. Pour éclairer l’assistance sur la notion de déchets solides, il précise que ceux-ci vont des tickets de bus qui jonchent les alentours des gares routières jusqu’aux carcasses de frigidaires et aux épaves de voitures abandonnées dans la nature.Les emballages en plastique, c’est-à-dire les bidons d’huile, les sachets noirs et même les moindres pots de yaourt qui envahissent les rues et les routes, mettront, et ça donne le vertige, plus de 300 ans pour se dégrader.L’orateur s’est, par la suite, longuement étalé sur l’élimination écologique des déchets solides. Il a surtout mis l’accent sur les différents procédés de récupération et recyclage. Il a aussi donné des explications sur les procédés utilisés dans d’autres pays pour transformer les déchets solides en énergie électrique et en fumier pour l’agriculture. Et dans la plupart des cas, insiste-t-il, l’élimination écologique des ordures ménagères, quand elle est bien menée, peut non seulement s’autofinancer, mais aussi créer des emplois et même générer des bénéfices. Le tri des déchets permettrait de récupérer chaque 100 000 tonnes de métaux, 300 000 tonnes de papier et 500 000 tonnes de verre. Et la récupération de seulement 20% de ces quantités donnerait, selon l’intervenant, une contre valeur de 3,5 milliards de dinars. Mais le problème soulevé par l’assistance au cours des débats est que les ordures ménagères, du moins en ce qui concerne la ville de Bgayet, est qu’elles ne sont même pas collectées convenablement. Aux Oliviers et dans toute la périphérie de la ville, il y a des tonnes et des tonnes de canettes de bière et de bouteilles vides. Les marchés de fruits et légumes et la plupart des rues sont r endues nauséabondes par la décomposition des déchets qui ne sont pas ramassés. Les discussions ont porté aussi sur le projet de création d’un centre d’enfouissement technique (CET) pour délocaliser l’actuelle décharge sauvage de Boulimat qui se trouve toujours dans le périmètre du Parc national de Gouraya. L’orateur indique que le projet n’est pas près de voir le jour et il ajoute, avec dépit, que même sa mise en service ne changera rien à la situation sans une sensibilisation et une éducation des citoyens en matière de propriété et sans une réelle prise de conscience des autorités concernées.

B. Mouhoub

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