Les prix s’envolent

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Le premier trimestre de l’année 2005 est marqué par une hausse insidieuse généralisée des prix des produits de consommation courante, qui accompagne celle officielle des prix de l’énergie et des services.La précarité sociale qui frappe depuis longtemps de larges couches de la population s’étend aux classes moyennes pour diviser la société en riches et pauvres entre lesquelles le fossé du niveau de vie s’élargit irrémédiablement. Les fonctionnaires représentant la classe moyenne par excellence, se plaignent de l’érosion de leur pouvoir d’achat rogné par les augmentations récurrentes des prix de tous les produits et services qu’aucune hausse des salaires compensatrice ne vient contrecarrer. C’est sur le marché des fruits et légumes que la hausse des prix est la plus dramatique pour le portefeuille du citoyen. Voilà près d’un mois que cette flambée est enclenchée par la spéculation dans les réseaux de distribution, favorisée par une faiblesse de l’offre due principalement aux retards de récolte causés par un hiver extrêmement long et exceptionnellement froid. Cette tendance s’installe pour durer. Elle se structure à la faveur du monopole des mandataires sur le marché de gros et de la rétention des produits par les grossistes propriétaires des chambres froides qui entendent tirer profit au maximum de l’aubaine offerte par la rigueur de l’hiver dont les paysans sont les principales victimes. Les jardins de la Soummam qui fournissent, bon an mal an, un tiers de la consommation locale ont vu leur production anéantie par la neige et le gel persistant. Des centaines de maraîchers ont été contraints de replanter leurs serres en tomate, concombre, poivron et autre haricot. Les cultures de plein champ comme les petits pois et la fève n’ont évidemment pas tenu sous les températures négatives. Du côté des fruits, les orangeraies de la basse vallée de la Soummam, qui complètent habituellement le marché local de leurs beaux fruits, ont vu leur produit gâté et rapidement périmé par la congélation naturelle. Le suivi, pendant un mois, de l’évolution de la mercuriale sur le marché de gros d’Akbou, principale place commerciale régionale qui dessert les wilayas de Bgayet, Bouira et une partie de Tizi Ouzou, nous édifie sur la volonté manifeste des grossistes d’imposer durablement une grille de prix qui défie l’entendement.

100% d’augmentation en un moisDu début mars à ce jeudi 7 avril, les légumes courants comme la pomme de terre, l’oignon sec, la carotte, le navet, le fenouil, l’artichaut… ont vu leurs prix doubler sur le marché de gros. Cette augmentation est répercutée au triple chez le détaillant qui argue toujours de la mauvaise qualité de la marchandise, souvent truquée par le fardage, pour s’assurer une marge bénéficiaire confortable.

Des prix inabordables«Sur un cageot de 40 kg de pommes de terre, en moyenne, 10 kg d’avariées, piquées, et plus d’un kg de poussière. Je suis contraint de tenir compte de ces manques à gagner pour m’en sortir» affirme un commerçant qui tient étalage sur la petite place commerciale de Tazmalt. Et d’ajouter : «Le fardage ou le truquage de la marchandise est devenue une culture sur nos marchés. Il n’y a plus de catégories 1er choix et 2e choix, c’est le règne du trafic en l’absence de tout contrôle de la conformité de la qualité et de l’hygiène de rigueur. C’est le consommateur qui paie la note en bout de chaîne». Le père de famille le constate à ses dépens puisque le panier hebdomadaire de fruits et légumes d’une famille moyenne de 6 personnes passe ainsi d’environ 1000 à 2000 DA en un mois ! La tomate et le poivron narguent la ménagère du haut de leurs 120 DA, alors que l’indispensable pomme de terre vole à 35 DA, accompagnée du fenouil à 45 DA, de l’artichaut et de la salade qui ne descendent pas de leurs 60 DA. La fragile courgette caracole à 70 DA en même temps que la fève et les petits pois. Même le cardon, très répandu dans la région, accuse lui aussi une forte hausse en fin de saison. Au rayon des fruits, envahi par la pomme d’importation très belle mais au goût douteux, l’orange d’arrière-saison comme la Thompson se négocie entre 75 et 95 DA le prix de gros, tandis que la variété «double fine» de pleine saison se vend entre 60 et 70 DA. Il faudra ajouter 15 à 20 DA pour avoir le prix au détail chez le petit marchand du quartier. La datte de qualité moyenne fluctue entre 100 et 150 DA. La pomme importée est cédée en gros entre 100 à 120 DA au même prix que la banane qui se replace malgré sa mauvaise qualité. Ce qui donne des prix de détail inabordables même pour les citoyens à forts revenus !Les condiments et les fines herbes suivent la tendance générale que rien ne semble pouvoir infléchir. Parallèlement, le prix des viandes blanches (230 DA le kg de poulet) grimpe aussi, avec celui des œufs (210 DA la plaquette de trente), les viandes rouges étant déjà au prix plafond malgré les timides tentatives de régulation par le truchement de l’importation de viande fraîche européenne.Le poisson se met aussi de la partie (140 DA le kg de sardine) pour saler la note du consommateur et de l’énergie et la stagnation des revenus des ménages, on ne peut que constater l’érosion dramatique du pouvoir d’achat du consommateur, ce qui, à l’évidence, n’augure pas de beaux jours pour la relance de l’économie nationale. Le travailleur qui se relève péniblement des dépenses de la rentrée scolaire, de celles du Ramadhan et de l’Aïd-el-Adha se met au régime. «Nous nous contentons du lait, des pâtes, du pain et de la pomme de terre. On ne peut plus rien se payer tant tout est inabordable.Jusqu’à quand tiendra notre persévérance ? Cela semble le début d’un long cauchemar» fulmine un père de famille smicard.

Rachid Oulebsir

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