La Dépêche de Kabylie

« Une prison à ciel ouvert »

Avant de s’engouffrer à l’intérieur de la Cité, nous avons cru, à un moment donné, que la cité en question, qui porte pourtant le nom de l’un de nos valeureux martyrs, l’architecte du congrès de la soummam, ne peut qu’être une référence dans tous les domaines… Hélas ! Notre souhait et, surtout, notre vision des choses n’avaient rien de réel car nous nous sommes heurtés à une vérité dure à consommer : celle d’avoir affaire à un bidonville… Un vrai bidonville ! En effet, la Cité Abane, dont la construction date de 1965, à l’époque de l’ancien bloc communiste en compensation aux habitants Aït Argone de la commune d’Agouni Gueghrane, un projet réalisé dans un cadre humanitaire en collaboration avec le CRA et le CICP. Et pourtant, Aït Argone, le village qui a payé de ses enfants — 365 d’entre eux — pour que l’Algérie retrouve son indépendance, regarde, du haut des collines presque oubliées du Djurdjura, ses enfants mourir lentement dans un malheur que seuls les mots ne pourront jamais décrire ni relater : une misère multidimentionnelle… Déjà, à l’entrée de la « Cité », notre véhicule avait du mal à se frayer un chemin parmi les embûches, une piste (plutôt un semblant) non goudronnée mène vers les habitations dont la toiture sombre se voit de loin par les visiteurs. « Nous sommes logés dans des cellules, à plus de 17 personnes ; nous sommes des misérables sur terre, pourtant notre village a tout donné au pays, nous avons reçu à deux reprises le chef de daïra des Ouadhias mais notre calvaire continue. Sous les regards passifs des responsables locaux » dit avec une voix pleine d’amertume, Yahia, un habitant de la « Cité ». Amar, qui est lui aussi résident de la cité, nous invita par la suite à une visite guidée, façon, à lui, d’appuyer les dires de son voisin. « C’est un appel strident que nous voulons lancer à l’adresse des responsables ; voyez la vétusté des maisons et l’insolubrité de l’environnement dans lequel nos enfants évoluent ; nous sommes dans le droit de demander l’amélioration des conditions de vie des centaines de citoyens de la Cité. Depuis quinze jours, l’eau n’a pas coulé dans nos robinets ». Il faut dire que ce n’est nullement les problèmes qui manquent aux habitants de ce bourg, un réseau d’assainissement entrecoupé de fuites qui laissent filer des odeurs nauséabondes à la limite du supportable. Le problème d’eau qui a déjà noirci le quotidien du simple citoyen. Dans ce chapitre, un des habitants nous fera savoir que l’eau manque terriblement à la Cité. Les quelque mille âmes qui y habitent n’ont pas vu couler d’eau dans leurs robinets depuis 15 jours, une situation qui risque de s’aggraver vu « la passivité de ceux qui sont sensés trouver des solutions », s’indigne Amar. Cependant, le véritable danger d’un tel site réside dans l’existence d’une couche d’amiante sur les toitures des maisons de ce sillage. Amar, qui garde jusque-là son calme, s’emporte : « il y a quelques mois une femme qui habitait la Cité s’est éteinte pour cause d’un cancer que les analyses d’un laboratoire français donnaient comme conséquence de la présence d’amiante sur les toitures des habitations. C’est inconcevable ! J’invite les autorités sanitaires à initier une étude dans ce cas précis, vous verrez toute l’influence de cette matière sur notre santé ». Les résidents de la Cité Abane souhaitaient un plan de recasement des quelque 85 familles, ce qui aurait pu alléger un tant soit peu leur calvaire, mais voilà que l’APC des Ouadhias propose, selon notre guide, Amar en l’occurrence, de construire 60 locaux commerciaux à l’intérieur de la Cité, sur la seule assiette qui devait être le site qui accueillera de nouvelles bâtisses destinées au recasement des familles. « Nous nous sommes organisés derrière le comité de la cité pour nous opposer à l’implantation des locaux dans notre Cité ; nous avons proposé des solutions qui sont à même de sauver les âmes qui résident dans une misère inégalée », espère Amar. Cela dit, selon des bruits qui courent, une pétition contre le projet de 60 locaux, est en train de circuler. Les habitants souhaiteraient que les autorités se penchent bientôt sur ce dossier ; ils disent que leur patience à des limites. Le recours au blocage de la voie publique n’est pas à écarter… Nous y reviendrons !…

A. Z.

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