La mauvaise nouvelle s’est vite répandue comme une traînée de poudre, à travers les artères du vieux bourg provocant dégoût et consternation semés par les grappes d’élèves libérés par l’administration du lycée après la première heure de cours. « Il l’a frappé à l’aide d’un gros couteau ! », répètent les lycéens comme pour se libérer d’un lourd fardeau d’émotion. « En plein cœur, il ne lui a laissé aucune chance », ajoutent-ils effarés. Dans les ruelles de Guendouza, le souvenir de Chafia, la jeune lycéenne assassinée à coups de hache en plein rue par un voyou au début de décembre 2002, rappelle à la conscience la récurrence et l’amplification de la violence dans la société. C’est donc vers 7h 30, à la sortie du réfectoire, que les deux internes, Mohamed Yacoubi de la classe 2e année sciences islamiques et Ali B. de la 1re année littéraire sont venus aux mains, après des échange d’insultes de la vulgarités. C’est alors que le jeune Ali B. sort une longue lame et la plante dans la poitrine de son malheureux camarade. La victime évacuée dans un véhicule personnel succombe à ses blessures quelques minutes après son admission au pavillon des urgences, comme le confirme M. Kaci, directeur de l’établissement hospitalier. « Le blessé est arrivé au pavillon des urgences à 7h 50. Son état était critique. Il a rendu l’âme à la première tentative de réanimation, 5 minutes après son admission aux urgences ».
Un lycée sans histoireMalgré le sureffectif et le gigantisme des infrastructures, le lycée Debbih-Chérif, ouvert en 1976, tourne avec 35 divisions de plus de 40 élèves, sans connaître de problèmes majeurs de discipline. Sur les 1409 inscrits, 65 élèves seulement suivent le régime de l’internat et c’est entre deux élèves de cette cohorte que l’adversité a nourri les germes de la mort. Pouvait-on prévenir pareil drame ? « Nul ne pouvait prévoir un pareil acte, c’est une sorte de défi entre les deux adolescents. C’est la violence de la rue qui s’invite dans les établissements », dira M. Khiar, le censeur, l’air abattu par cette mort contre laquelle personne ne pouvait rien. Le silence est pesant dans le lycée vidé vers 9h 15 après l’insoutenable nouvelle venue de l’hôpital. « Nous n’avions aucune illusion, mais on espérait un miracle du bon Dieu, c’est dramatique. ça n’arrive pas qu’aux autres, c’est la mondialisation de la violence, nos valeurs ne résistent plus » dira M. Chettouh, professeur d’histoire-géographie. « Les établissements doivent intégrer la prévention de la violence dans l’enseignement et les apprentissages scolaires. La conception de l’infrastructure même doit obéir à des paramètres de sécurité qui intègrent la dimension de la violence. Nous sommes atterrés, la reprise sera difficile, samedi prochain », ajoute un professeur de sciences physiques. Il est 11 h. Du côté de l’hôpital, une cinquantaine de lycéens campent devant le service des urgences. Des camarades de classe de la victime attendent, abattus, l’arrivée de sa famille. « Son père travaille à Alger à l’université de Bouzaréah, mais son frère n’est pas loin, il arrivera d’un moment à l’autre », affirme l’un des lycéens. Yacoubi Mohamed est de Taourirt Aïdel, un hameau de Tamokra, relevant administrativement de la commune d’Akbou, Ali B., l’élève assassin appréhendé par l’administration de son désormais ex-lycée, a été remis à la police à l’entrée de l’hôpital.
Rachid Oulebsir
