L’information coûte cher

l Si dans certaines localités, la presse nationale est servie très tôt dans la matinée, à M’kira, dans la région de Tizi Ghennif, les lecteurs éprouvent d’énormes difficultés à se procurer un journal. En effet, n’était ce jeune revendeur des tabloïds, cette localité resterait toujours isolée du reste du pays et du monde. Pour lire la presse nationale, les M’kiris doivent débourser quotidiennement cinq dinars de plus que les autres Algériens. Dans cette localité située en zone rurale, le distributeur n’arrive pas, ce qui n’a conduit aucun buraliste à émettre le vœu de recevoir les journaux. « Il faut aller jusqu’aux Issers pour ramener ces quelques journaux. Parfois, je n’arrive pas à couvrir mes frais », nous a confié un revendeur. Interrogé sur la tendance du lectorat, notre interlocuteur nous a répondu que les journaux en langue française sont les plus demandés, suivis de près par le quotidien arabophone El Khabar. Quant à la troisième préférence, notamment celle de la frange juvénile, elle est orientée vers la presse sportive. De leur côté, les lecteurs trouvent qu’ils sont pénalisés. Car, nous ont-ils dit, non seulement ils déboursent cette somme en plus, mais parfois trouvent des difficultés à avoir leur journal en raison de la petite quantité mise à leur disposition par ce revendeur. Quant à la presse internationale, elle n’arrive plus ni dans les zones rurales ni dans les villes de Tizi Ghennif ou de Draâ El Mizan. « Quant le revendeur me répond qu’il n’y a plus de presse, je me déplace jusqu’à Tizi Ghennif moyennant d’autres dépenses », nous a déclaré ce jeune étudiant accosté devant le bureau postal de la localité. En dépit des prix majorés de cinq dinars pour les quotidiens et de dix dinars pour les hebdomadaires, à partir de dix heures, le revendeur quitte les lieux. Il y a lieu de souligner que dans cette zone, il n’y a aucune autre occupation pour les jeunes, si bien que ces derniers désertent le chef-lieu pour ne rentrer au bercail qu’à la nuit tombée. « Avant qu’il n’y ait le téléphone, il fallait faire des kilomètres pour donner un coup de fil, maintenant pour lire le journal, il faudra en faire autant », ironise un autre lecteur.

A. O.