Autre temps, autres mœurs…

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Lui, c’est Karim, un jeune universitaire qui s’apprête à rejoindre le monde des mariés. C’est ce week-end qu’il mettra fin à son célibat et déjà, il se dit gagné par le stress de la fête. “Eh oui ! Aussi paradoxal que ça, y en a pas ! La fête du mariage est pour moi un vrai casse-tête en raison des difficultés et des contraintes qui se posent en cours de route”, nous dit Hakim. S’il est vrai que la célébration des fêtes de mariage chez nous est, à juste titre, une joie collective qui s’accompagne toujours de scènes de liesse, il n’en demeure pas moins que son organisation n’est pas une simple sinécure en ce sens que certaines us et traditions compliquent davantage la tâche aux prétendants à la vie conjugale. Ceci a eu un effet dissuasif pour les milliers de jeunes qui rêvent d’une stabilité payable à un prix très fort. A cet effet, les nouveaux mariés sont appelés d’abord à faire sortir toutes leurs économies afin de faire face aux multiples dépenses de la fête, ce qui n’est pas évident vu les coûts que ce genre de fêtes génèrent. Cependant, les mariages (fêtes) ne sont plus les mêmes, leur célébration ne répond plus dans la majorité des cas, aux us que la région a pour coutume d’observer à la lettre. Les Iwadhiyens, comme les autres localités d’ailleurs, semblent plus que jamais décidés à provoquer une rupture avec les anciennes pratiques qui relèvent, dans leur majorité, de la superstition et rien d’autre. Dès lors, les jeunes se sont d’abord débarrassés des anciennes mélodies musicales, les Chérif Hamani, Zedek et les autres chanteurs kabyles qui faisaient auparavant la beauté des cérémonies de mariage ont cédé la place aux Guerbas, Allaoua et autre Ujrih qui ne cessent de prendre une ascension fulgurante. Ils sont à présent les voies qui illuminent les longues nuits de fête. Signe des temps modernes, le D.J avec tous les maux que génère son utilisation abusive, règne en maître, les orchestres d’antan ont presque disparu, seuls les nostalgiques des “artistes” continuent à les solliciter. Dans cette vague dévastatrice de ce rouleau compresseur, même les troupes folkloriques, les Idhebbalen comme on les appelle bien chez nous, ont succombé devant cette situation. Ils risquent de suivre le chemin de la… disparition. C’est dire que le monde change vite, à tel point qu’une décennie a suffi pour voir les us d’une région changer pour prendre une forme nouvelle. Les collines oubliées, les villages les plus reculés de la Kabylie, découvrent aux côtés des Iwadhiyens, les belles compositions de la robotique, les robes kabyles, qui représentent le label d’une Kabylie vivante et surtout originale, laissent des plumes devant des modèles de robes de soirées conçues pour servir, loin de tout conservatisme, d’autres cultures et us. Les coûts onéreux des fêtes de mariage doivent donner à réfléchir aux jeunes pour que le mariage ne devienne pas un marécage où le prétendant s’engouffre pour n’en sortir que le pied sali. Ne dit-on pas qu’à chaque époque, ses mœurs… la nôtre est celle d’un monde qui bouge constamment. Dans ce chapitre, les jeunes transforment les fêtes de mariage, à Ouadhias comme ailleurs, en un défouloir face à une société pleine d’interdits et tabous. Ils profitent de l’opportunité pour crier, danser et surtout prendre le temps de prospecter, car les fêtes de mariage constituent pour les jeunes, le début d’une aventure qui les mènera droit à la vie à deux. Et encore faudrait-il dénicher l’oiseau rare ! En attendant, les Ouadhias continuent, à défaut d’activités culturelles, de vibrer au rythme des cortèges et klaxons, des tapages nocturnes, l’ambition est extraordinaire… pourvu que ça dure… dira un jeune chômeur.

A. Z.

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