Le règlement de la crise en Kabylie bute sur de nouvelles embûches. C’est du moins, ce qui ressort des dernières sorties médiatiques de certains délégués des archs, survenues quelques jours seulement après la visite effectuée par Abdelaziz Belkhadem en Kabylie. Une visite qui aura eu « le mérite » de faire sortir le Mouvement citoyen de son silence et le pousser à réagir au quart de tour (comme il nous a toujours habitué) en rompant avec la longue période d’observation qu’il s’est offerte depuis l’intronisation du SG du FLN à la tête de la chefferie du gouvernement. De fait donc, c’est ce même Belkhadem inspirant le mutisme aux archs qui se trouve être aujourd’hui derrière leur surprenante sortie. N’ayant vraisemblablement pas digéré le fait que le chef du gouvernement se déplace en Kabylie et qu’il y émette des déclarations publiques dans lesquelles il n’est aucunement cité, le Mouvement citoyen s’est senti comme obligé de répliquer. L’interview accordée par Mustapha Mazouzi à notre confrère Le Jour d’Algérie résume toute cette volonté de répondre à ce qui semble être interprété comme une offense, voire provocation. Traduisant les positions de la structure qu’il représente il s’explique franchement et sans détours sur une multitude de questions ayant trait à l’actualité et notamment l’inertie qui a frappé le processus du dialogue et la mise en œuvre de la plate-forme d’El Kseur. En clair, Mustapha Mazouzi a carrément renvoyé le chef du gouvernement à ses responsabilités quant à la continuité de la situation actuelle. Il s’en est en fait, directement pris à Abdelaziz Belkhadem en évoquant surtout sa double casquette (SG du FLN et chef du gouvernement) qu’il met constamment à profit pour se permettre des déclarations totalement contradictoires « S’il se trouve qu’au sommet de l’Etat il y a eu des SG de parti qui ont eu cette double casquette, pour nous le dialogue à eu lieu avec le chef du gouvernement seulement. Nous connaissons les positions des deux SG de partis qui se sont succédés mais nous connaissons aussi la position du président de la République qui les a instruit pour mener le dialogue. Nous concevons qu’il est de bonne guerre, toutefois, quand on a une double casquette, que l’on soit tenté de tirer les dividendes de ce dialogue au profit de son propre parti », déclaré Mazouzi. Plus loin dans l’entretien, le délégué de la CADC a estimé que les propos du SG du FLN faisant état de la tenue du dialogue avec les partis et les organisations légales n’engagent que lui, tout en précisant que « si toutefois il maintient ses positions même en tant que chef du gouvernement c’est qu’il va à contre-sens de la volonté de l’Etat de régler l’une des crises les plus complexes qu’à connu l’Algérie depuis l’Indépendance ». A la question de savoir si le chef du gouvernement a émis des signaux positifs lors de sa récente tournée en Kabylie Mazouzi répondra par la négative avant d’asséner : « Bien au contraire, nous avons été très déçus par le discours développé par Belkhadem… »Une déclaration qui illustre, on ne peut plus clairement, l’état d’esprits des archs au lendemain de cette visite. Un état d’esprit qu’on se retrouvera d’ailleurs constamment dans les propos de Mustapha Mazouzi qui n’a aucunement mâché ses mots pour faire passer le message. « Théoriquement on parle de 7,8 milliards de dinars pour le développement de la wilaya de Tizi Ouzou, mais au jour d’aujourd’hui le citoyen attend toujours le concret. Nous ne voulons plus de promesses (…) Il y a des forces du mal qui mettent des bâtons dans les roues à l’administration et au Mouvement citoyen. Il y a deux clans au pouvoir, l’un est favorable au règlement de la crise, l’autre non ! », a-t-il sèchement déclaré. La fin de l’interview est encore plus « explosive » car le délégué de la CADC n’a pas hésité à dire que « la patience a des limites » et qu’on ne peut plus attendre ou que la population attend du concret et nous avons dépassé la phase des engagements. Donc nous exigeons que l’accord définitif soit signé avant l’entame du référendum et c’est un ultimatum; rien de moins !
Ahmed Benabi
