Les artisans se plaignent

Comme lors de chaque année, à l’ouverture de la Fête du tapis, les officiels comme pour satisfaire à un rituel, se laissent volontiers emmener pour une visite guidée à travers les stands. C’est le moment que choisissent les exposants pour parler de leurs difficultés. Cette année, ce sont le ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques et le secrétaire général du ministère de la PME et de l’Artisanat qui ont eu à écouter les doléances des artisans. Nous avons, par la suite, pris attache avec les intéressés qui nous ont confié que « les difficultés commencent avant que la tisseuse se mette au métier ». Les prix élevés pratiqués par les revendeurs de « chachi » (c’est-à-dire la laine), se répercutent sur le prix de revient du produit et réduisent ainsi la marge bénéficiaire. C’est ce qui explique que la plupart des objets exposés soient tissés en matière synthétique. Quant aux tapis fabriqués avec de la laine de mouton, ils reviennent trois fois, voire quatre fois plus chers. Djilali, patron et démarcheur d’un atelier privé, nous informe que : « Nous ne trouvons pas de laine pure grand teint dans les environs. Nous devons nous déplacer très loin, souvent jusqu’à Boussaâda pour nous approvisionner en produits de qualité ». Les femmes qui travaillent à domicile se plaignent de la mévente de leur production même si certains ateliers ayant pignon sur rue n’en parlent pas. Aït Rahmoune Tassadit, une septuagénaire, nous confie que du temps où la région attirait les touristes étrangers, « nous arrivions difficilement à honorer les commandes. Il suffisait au client de nous voir derrière le métier à tisser pour être convaincu de la qualité de nos produits qu’il achète en toute confiance. Nos prix étaient les leurs. Notre clientèle actuelle se limite à certains nantis de passage qui veulent garder un souvenir de la région ou des jeunes filles constituant leur trousseau de mariée ». La nouvelle génération, tout en partageant l’avis des aînées soulève d’autres préoccupations. Elle ne veut plus se cantonner à Aït Hichem. Elle aimerait participer à des expositions pour faire connaître le fruit de son travail qui, pense-t-elle, n’est pas assez connu, tant sur le territoire national qu’à l’extérieur du pays. Dans le même ordre d’idées, une artisane déçue de n’avoir « bénéficié d’aucun avantage » de la part de l’Etat, a avoué avoir déchiré sa carte d’artisante. Toutes se plaignent d’être livrées à elles-mêmes, malgré les multiples promesses des officiels. « Chaque année, lors de la Fête du tapis, nos hôtes reconnaissent qu’il faut préserver et promouvoir le tapis qui fait partie du patrimoine culturel de notre pays. Malheureusement, une fois l’évènement passé, nous ne voyons rien venir », souligne un jeune d’Aït Hichem.

Nacer B.