Le temps des figues

« Quand nous en serons au temps des cerises », dit la chanson française, en Kabylie, c’est le temps des figues que l’on attend. Figues fraîches –les fameuses tibexsisin- ou figues de Barbarie –les non moins fameuses tikermusin., qui poussent en abondance et qui rassasient, indifféremment riches et pauvres. Si dans les hautes montagnes, elles commencent à peine à mûrir, dans les plaines, elles sont déjà mûres. Tout au long des routes, on voit s’amonceler, dans des paniers en osier, des bidons en plastique ou en fer blanc, des monceaux de figues, proposés à la vente, souvent par des gamins pas plus hauts que trois pommes. Si les citadins raffolent de ces fruits typiquement de chez nous, les montagnards en sont également friands. On peut même dire que pour les plus pauvres d’entre eux, c’est le fruit qu’ils peuvent manger sans restriction, puisque à la fois abondant et jusqu’à présent gratuit. Si, en effet, sur les routes et dans les villes les figues se vendent, ce n’est pas le cas dans les villages où chacun dispose de ses propres arbres. Cependant, la situation risque de changer bientôt, devant la disparition des figuiers, ravagés par le feu ou arrachés pour les besoins de la construction. C’est une véritable pitié de voir partir ces arbres, souvent centenaires, en fumée ou coupés par des mains qui ne connaissent pas leur valeur. La production diminue d’année en année et il ne serait pas étonnant que la figue devienne rare en Kabylie : elle se vendra alors dans les marchés des villages. Les Kabyles chanteront alors, sur le ton du regret : ‘’Quand nous en étions au temps de la figue… « 

S. Aït Larba