Le Congrès de la Soummam revient tous les 20 août. Ce symbole à forte connotation patriotique mérite qu’on s’y ressource périodiquement en le célébrant en grande pompe. L’évocation de cette date fondatrice est inconcevable sans monter en épingle le rôle de l’un des architectes de ces assises de la Soummam, Abane Ramdane en l’occurrence. Revenu de tous les dogmatismes qui sont les biberons des dictateurs délirants dont il incarne la mauvaise conscience, Abane s’est affirmé comme une instance morale et un modèle de rectitude patriotique, lui qui s’est invariablement nourri d’une seule certitude : le républicanisme garantissant les libertés publiques. « La libération de l’Algérie sera l’œuvre de tous les Algériens et non pas celle d’une fraction du peuple algérien quelle que soit son importance » (Benyoucef Benkhedda). Militant actif et intransigeant de l’unité nationale, Abane a réussi avant et surtout après le Congrès de la Soummam à rassembler tous les patriotes algériens et à les faire rallier à la Révolution. Ses détracteurs ne lui avaient jamais pardonné d’avoir fait appel aux cadres et leaders issus notamment de l’UDMA et de l’Association des oulémas qui devaient siéger au sein du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA). Ce sectarisme politique persiste de toutes ses forces jusqu’à nos jours. Les crises traversées par notre pays aussi bien que les éphémérides sanglants sont imputables à cet intégrisme maladif. Homme de conviction et de caractère, Abane a été l’un des principaux promoteurs de l’idée du Congrès de la Soummam, comme il a été à la fois l’inspirateur avisé de ses orientions et l’artisan déterminé de sa préparation et de son succès. Il faut convenir que Abane avait une vision lointaine pour éviter tout glissement vers l’esprit militariste et le règlement des questions politiques par la force et la violence. Les contempteurs de Abane, qui ont vite fait de le statufier après sa mort, omettent sciemment de rapporter que cet immortel gisant a croupi de 1950 à 1955 dans les prisons coloniales où il fut persécuté durement et, pour l’humilier davantage, les geôliers l’alimentaient par voie rectale (introduction de suppositoires) lorsque Abane usait de la grève de faim comme forme de lutte et de protestation. La vertu capitale dont se distinguera Abane, et qui va être évoquée à l’unanimité, c’est son souci d’unifier toutes les forces patriotiques pour poursuivre le combat de Novembre. Il proclamera d’ailleurs avec force lors d’un entretien qu’il aura avec Ferhat Abbas en février 1956 que « le FLN n’appartient à personne, mais au peuple qui se bat. L’équipe qui a déclenché la Révolution n’a acquis sur celle-ci aucun droit de propriété. Si la Révolution n’est pas l’œuvre de tous, elle avortera inévitablement (… ). Il y a place pour tous dans cette guerre de Libération. « Abane Ramdane fera malheureusement les frais de graves dissensions entre l’armée des frontières et le GPRA. Attiré dans un guet-apens, il sera exécuté le 26 décembre 1957 à Tétouan au Maroc.
Nacer Maouche
