Lorsque nous les avons rencontrés, au siège de leurs associations, les adhérents de « Thafath » voulaient tous parler en même temps. Chacun voulait exposer ses problèmes, avant les autres. Qu’ils soient handicapés physiques ou autres, tous se sentent délaissés. Challane Tahar, le président n’arrêtait pas de calmer les esprits. Il faut dire que ce jour-là, Iferhounène recevait le Docteur Ould Abbas, le ministre de la Solidarité et de l’Emploi. Ce dernier devrait remettre, entre autres matériels, cinq fauteuils roulants pour les handicapés. La liste des bénéficiaires n’avaient pas fait l’unanimité. Tous ceux qui éprouvaient des difficultés à marcher, voulaient être servis. « Un exemple de situation à laquelle le président doit faire face ». Par la suite, le ministre a promis un complément pour satisfaire dix autres personnes. Cela répond à une partie de la demande. Notons que même avec ce matériel, les mouvements de ces handicapés sont très limités, dans cette région montagneuse dont le terrain accidenté exige qu’une tierce personne pousse le fauteuil roulant. L’Association « Thafath » compte 400 adhérents pour une population d’environ 16 000 habitants. Un chiffre considéré comme « très important » bien que beaucoup d’autres ne sont pas recensés. Parlant des aides de l’Etat envers cette catégorie de citoyen, un adhérent nous fait remarquer que quelques handicapés ont bénéficié de l’aide à l’habitat rural. Cependant pour que la CNL débloque la première tranche, le bénéficiaire doit justifier d’un avancement des travaux de 20%. « Pensent-ils que c’est avec l’aide mensuelle de 1000 DA que m’ont allouée les services sociaux que je vais entamer le travaux ? Je ne peux remplacer ni le manoeuvre ni le maçon comme le font les gens valides », explique-t-il. Le dénuement de ces gens est tel que « presque plus personne ne paie ses cotisations », avoue le président pour insister sur la pauvreté de ses adhérents. Quant au travail et à la réinsertion, dont parle Athmane Lakhdar, un non-voyant, ils risquent d’attendre longtemps pour que quelque chose soit fait en leur direction. Amari Med Akli, un autre invalide attend un tricycle, depuis 2001, « bien que j’ai constitué des dossiers, à deux reprises ». Pour permettre aux adhérents de se regrouper, l’association a été contrainte de se rabattre sur un privé, pour louer un local. Ce dernier est situé au premier étage de l’immeuble. Une corvée consistant à escalader puis descendre une vingtaine de marches est imposée à ceux qui veulent s’y rendre. A Iferhounène, comme ailleurs, les problèmes de ces gens sont nombreux. Ils ne demandent pas à être des citoyens au-dessus des autres, ils ne veulent pas non plus de la pitié de leurs concitoyens, mais veulent seulement qu’on prenne en considération leur handicap pour leur faciliter la vie.
Nacer B.