Puisatier, un métier qui a disparu

Sur le territoire de Beni Maouche, il existe une vingtaine d’hommes qui ont fait du creusage des puits leur métier. Certes pour se lancer dans cette activité, il leur a fallu une bonne constitution physique, mais aussi et surtout un moral d’acier car pour creuser et aller chercher le précieux liquide dans les entrailles de la terre, a priori, une vingtaine de mètres de profondeur, il faut plus que de la patience. Par les temps qui courent, ces « creuseurs de puits » sont appelés à changer de métier avec l’arrivée de moyens plus sophistiqués et moins coûteux. En effet, chaque après-midi, sur la place du marché sis au chef-lieu de la commune, un camion stationne et à son bord l’arsenal qui constitue la sonde destinée au forage. Arborant un numéro de téléphone maladroitement griffonné sur le pare-choc et sur la portière, ce mastodonte attend d’éventuels loueurs pour aller se lancer dans l’exploration du ventre de la terre jusqu’à ce que l’eau jaillisse. Approché par nos soins, le propriétaire qui n’était pas du tout bavard nous a avancé que le coût d’un forage prêt pour utilisation « varie selon la profondeur et la nature du sol, mais le seuil minimum est de 10 millions de centimes ». Interrogé sur sa nationalité, que son accent trahit, le bonhomme a répondu par… un sourire. On a appris par ouïe-dire qu’il est Syrien et qu’il autorisé, paraît-il, à travailler dans notre pays. Au-delà de sa nationalité et du prix qu’il exige, certes minime par rapport à celui que demande un puisatier, cette nouvelle technologie a bien mis fin à un métier exercé par besoin, vocation et amour par quelques gens que nous tenons à remercier au passage. S’ils ont à leur actif des dizaines de puits dont l’eau alimente plusieurs familles, on dira aussi qu’ils ont défié la nature par leur force extraordinaire. Après le tisserand, le forgeron voilà le puisatier qui prend la tangente… encore un métier qui s’en va… doucement.

A. M. A.