Jadis, on l’appelait Aït Ouaret Ouali, un nom qui renvoie au premier ancêtre qui s’est installé dans cette région montagneuse. Tazrourt, c’est la nouvelle dénomination que prend cet ensemble de hameaux perdus au pied de la montagne de « Tafhat ». Cette région relevant de la commune de Tizi n’Berber est située à 12 km de la ville touristique d’Aokas. Le visiteur d’un jour est accueilli par une route qui ne cesse de serpenter, et qui monte brusquement du niveau de la mer jusqu’au pied de la montagne qui a largement servi de maquis aux combattants de la guerre de Libération. Bien que défigurées par l’extension urbanistique, ces maisons éparpillées comme les feuilles en automne, nous offrent une empreinte historique et authentique. Pour accéder à Tazrourt, il faut emprunter un sentier bordé d’oliviers, de figuiers et un massif de forêt vert bleuté. Le temps est capricieux, le vent frais caresse les joues, le grincement des feuilles d’arbres percute les oreilles… le paysage est donc éblouissant ! La misère est cependant rude. C’est un havre de paix… et de misère. La beauté de Tazrourt se conjugue avec le charme étrange des jardins des paysans, les troupeaux d’ovins et l’authenticité de ses habitants. Tazrourt est aussi connue, par ses sources millénaires qui alimentent plusieurs villages voisins, et ruissellent même en été. La commune de Tizi n’Berber est issue du découpage de 1984. Tazrourt se caractérise par ses vestiges traditionnels et ses coutumes héritées des ancêtres. Région montagneuse, Tazrourt n’a pas été dotée des ressources qui lui auraient permis de se prendre en charge face à une nature difficile à apprivoiser. De plus, ses habitants dont la couche défavorisée est majoritaire ne trouvent leur source de survie que dans l’agriculture et l’apiculture, comme en témoigne un artisan rencontré au village. Elle se distingue aussi par son site singulier perché sur tout le long de la bande côtière est de la wilaya de Béjaïa. Aujourd’hui, si Tazrourt est un havre de paix pour les visiteurs, il n’en est pas de même pour ses habitants, notamment les jeunes chômeurs qui s’enlisent dans des problèmes qui s’accumulent au fil des années. La dégradation du cadre de vie à Tazrourt a obligé la frange juvénile à s’expatrier en quête de travail et pour améliorer sa condition de vie. Cette localité continue d’être ignorée par les responsables locaux qui ont, il est vrai, leur part de responsabilités dans le calvaire enduré par ses habitants. Cette situation nous laisse penser qu’aucun effort ni aucune volonté de contribuer à son développement n’ont été envisagés par les élus locaux. Le seul projet constituant une bouffée d’oxygène aux chômeurs de ce hameau est le lancement récent des travaux de réalisation de locaux à usage commercial, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Le goudronnage des routes, les logements et la création de richesses et de postes d’emploi restent autant de projets à concrétiser dans la région. La déperdition scolaire, l’absence de loisirs et le chômage sont autant de fléaux qui s’ajoutent au manque de perspectives et la dégradation des conditions de vie des jeunes qui se sentent perdus et ne savent plus à qui se vouer. Reste les cafés, leur seul refuge. Ils noient leur frustration dans leurs tasses. Dans cette situation d’exclusion, les habitants de ce village ont serré leur rang pour créer une association socioculturelle dénommée Afara, en vue de mettre fin au laxisme et l’indifférence des élus locaux. « Nous allons, par le biais de cette association, transmettre nos doléances aux responsables afin de remédier à cet état de faits », nous a déclaré un citoyen. C’est dire que les responsables locaux sont appelés à redoubler d’efforts pour améliorer le cadre de vie des habitants qui se sentent perdus.
Salim Nasri