La Dépêche de Kabylie

La baraka de Sidi Yahia Al Aidli

D’une légende très répandue dans la région : Sidi Yahia Al Aidli, de passage dans cette région, a élu refuge dans une grotte au milieu des rochers à l’endroit où se trouve la station thermale et du haut de la falaise, il jeta sa canne qui a atterri sur la rive de l’oued d’ou jaillit une eau bouillante jugée bienfaitrice pour la santé des humains. Le hammam est un dérivé des thermes grecs et romains. C’est avec l’avènement de l’islam qu’il a pris une importance dépassant le simple acte hygiénique, pour le rendre plus proche des individus qui en ressentent un besoin vital à se délasser et à se toiletter tout le corps. Dans les pays musulmans, ils fleurissent comme des champignons avec une demande très forte, notamment la gente féminine qui trouve en lui un lieu de rencontres privilégié, tant constitue pour elles l’une des rares occasions pour sortir de la maison, rencontrer d’autres femmes et pouvoir s’exprimer librement. Pour rejoindre cette station, il fallait sortir de la nationale 26 en prenant le chemin de wilaya 141 qui longe la majestueuse zone d’activité de Taharacht où sont concentrées des dizaines d’usines sur un périmètre de 25 ha. En traversant le pont de l’oued Soummam, à l’entrée du village Biziou, au premier carrefour, un panneau de signalisation indique une bifurcation à droite pour aller vers Thamokra distante de 22 Km, commune dont relève la station thermale, mais la station est à mi-chemin, soit à 11 Km de là. En prenant cette route, de plus en plus qu’on avance, on découvre ce que la nature a façonné comme environnement sauvage de toute beauté, paradis tant de l’escapade que l’escalade. La route qui serpente entre la montagne de Gueldamène en forme de dos de chameau, au relief escarpé et boisé dont les mamelons sont encore nappés des dernières chutes de neige de ce mois d’avril, et l’oued Soummam qui déroule ses méandres sur prés de 6 km. Cette route est dans un état piteux, mais des engins sont à pied d’œuvre pour niveler la chaussée et notre curiosité a été rassasiée par un ouvrier qui nous a déclarés qu’ils préparaient la chaussée pour un bitumage. Tout le long de cette route, des maisons éparses bordaient des vergers d’oliviers sur la gauche, et des grenadiers sur la droite. De plus en plus qu’on progresse sur cette route, des résidences pavillonnaires cédaient la place aux hameaux de maisons traditionnelles très anciennes mais ardentes, parfois, elles sont en ruines, dans un état d’abandon ou retapées pour être utilisées pour l’agriculture. Au détour d’un virage marquant la limite de la montagne de Gueldamène qui est un prolongement de la chaîne des Babors, apparaissent des terres fertiles sur des petites plaines à la limite des garrigues et des maquis sur les contreforts des collines fort nombreuses. C’est aussi, à cet endroit que l’oued Boussellam qui prend ses racines de Ain Roua dans la wilaya de Sétif afflue dans l’oued Soummam. Sur la rive, malgré le déchaînement des torrents de la rivière, des ouvriers extraient du sable fin qu’ils chargeaient à un tracteur pour le transporter à un point de vente installé sur la route de Biziou. En continuant la route aux abords de celle-ci, une école nouvellement construite, entourée d’une clôture et des lignées de sapins, de par son état de délabrement semble être abandonnée à son triste sort et n’a jamais servi.

Le hammam est un dérivé des thermes grecs et romains. C’est avec l’avènement de l’islam qu’il a pris une importance dépassant le simple acte hygiénique, pour le rendre plus proche des individus qui en ressentent un besoin vital à se délasser et à se toiletter tout le corps.

Nous sommes en pleine période de végétation de l’année, période très prisée par les bergers qui ne trouvent aucun mal à rentrer les bêtes à la maison les ventres pleins. Mohamed, assis sur une pierre tout prés de la route, ses bêtes broutent la végétation broussailleuse à plantes épineuses d’un maquis formé sur le dernier contrefort de la montagne. Un œil sur la route, comptait le nombre de véhicules qui passaient par là et attendant qu’un automobiliste s’arrête pour lui demander des renseignements sur le chemin à prendre pour rejoindre le lieu du pèlerinage, et un autre œil sur son troupeau. De temps à autre, il lance une pierre avec sa houlette sur une bête qui se détache pour aller brouter les bourgeons précoces des arbres. « Je remplis deux fonctions bien distinctes. Je suis berger et parfois guide des visiteurs qui s’arrêtent pour me demander la route qui mène à la station thermale. De temps en temps quelqu’un me glisse une pièce », raconte-t-il en tenant dans sa main un bâton qu’il enfonce et retire de la terre encore humide. Aussi, surprenant que cela puisse paraître, il n’a pas connu le chemin de l’école, mais à force de côtoyer des personnes parlant différentes langues, il a appris quelques mots en arabe et en français qui lui permettent de comprendre ce que lui disent les autres et parfois de répondre très maladroitement. « Vous savez depuis Akbou aucun panneau de signalisation n’est installé pour orienter les visiteurs », regrette-t-il. En effet, un peu plus loin une deuxième bifurcation ne comportant aucun panneau de signalisation prête à équivoque sur la bonne direction à prendre pour les visiteurs qui ne connaissent pas l’endroit. « Il est difficile pour quelqu’un qui se rend pour la première fois de déterminer la bonne direction pour rejoindre ce lieu séculaire de pèlerinage qui a vu défiler des générations », dira Ahcène, un vieux, fatigué par le poids de l’âge, traînant les pieds et une canne à la main s’appuyant avec en longeant la route d’un pas lent et mesuré, tout fier lui aussi de guider les visiteurs et dés fois les accompagner jusqu’à l’endroit quand ils le lui demandent. « Je tue mon temps sur cette route par nostalgie, j’ai vécu dans plusieurs pays étrangers donc je suis habitué à vivre avec des personnes étrangères, même à la région fussent elles », poursuit il. En bifurquant à droite, la route qui descend jusqu’au hammam serpente en pente raide jusqu’à la rive de l’oued pour céder à un chemin très étroit, taillé à même les rochers sur une longueur de 50 m pour aller s’échouer sur un parking qui ne peut contenir plus de 10 véhicules. De ce parking, un chemin plus étroit mène vers la station thermale, laquelle aussi est collée sur le flanc de la falaise de la montagne et languit au soleil de printemps, nonchalante et superbe. Un paradis sur terre, tel est le qualificatif que lui donne ses adeptes !La station thermale ressemble à un gîte rural d’un concept unique dans la région où chaleur, convivialité et authenticité de l’accueil se conjuguent en harmonie avec la liberté et le confort de ses maisonnettes traditionnelles exigues, pleines de charme et ayant traversé des siècles. Elle offre la richesse et la diversité de son patrimoine très prisé pour des loisirs actifs et de délassement et est située dans une cuvette, enserrée entre les rochers et l’oued Boussellam à quelques centaines de mètres de là de l’oued soummam. En face, un panorama qu’on ne voit que dans les films western du Far West. La première infrastructure très ancienne qui se dresse sur le chemin est le hammam. Constitué d’une minuscule pièce construite en dur qui ne peut contenir plus de 10 personnes et située en contrebas de ce chemin, sur la rive de l’oued. La piste qui descend est balisée par un garde fou de sécurité. A l’intérieur elle est dotée de banquettes collées aux murs servant pour les baigneurs. Idéalement, cette pièce est chauffée naturellement d’une eau qui jaillit des rocs toute bouillante et se déverse dans un bassin en béton permettant aux baigneurs de tremper leur corps. Certains se permettaient de rester longtemps à l’intérieur du bassin en raison de la température chaude de l’eau acceptable pour le corps. Cette chaleur provoque une transpiration intense, donc une dilatation des pores de la peau, ce qui permet de dégager toutes les impuretés du corps. A l’intérieur 4 personnes prenaient leur bain, 3 étaient à l’intérieur du bassin très exigu et la quatrième se détendait sur une dalle en béton faïencé.

La station thermale ressemble à un gîte rural d’un concept unique dans la région où chaleur, convivialité et authenticité de l’accueil se conjuguent en harmonie avec la liberté et le confort de ses maisonnettes traditionnelles exigues, pleines de charme et ayant traversé des siècles.

Un peu plus haut, une lignée de maisonnettes exigues et anciennes construites il y a plus d’un siècle avec de la pierre locale et charpentées de tuiles rouges traditionnelles accueillent les baigneurs pour des moments de détentes. « Nous avons treize maisonnettes destinées aux baigneurs qui ne payent rien dans la journée, mais pour des séjours prolongés, nous leurs louons entre 200 à 300 DA la nuit en fonction de la durée », expliqua, Ait Souki Younès gérant de la station. A côté, un petit mini complexe traditionnel, construit récemment et composé d’un café maure, d’une épicerie, d’un restaurant et d’un hôtel de six chambres est la seule infrastructure économique qui prend en charge les visiteurs qui ne ramènent pas les couvertures et la nourriture avec eux. « Nous pratiquons des prix raisonnables à la mesure des services très modestes que nous proposons. Nous louons la chambre d’hôtel à un prix très dérisoire de 200 DA », poursuit il. Plus loin, apparaît une bâtisse délabrée, la seule qui est bâtie sur du plat. « Durant la colonisation, cet édifice, appelé un Bordj, est composé de 7 chambres et appartenait à un Français qui invitait ses amis européens de ne jamais se mélanger à la foule. A l’indépendance, complètement abandonné il est tombé en ruines », a souligné le père de notre interlocuteur. Un peu plus haut, au milieu des rochers apparaît la grotte feérique dont l’issue se trouve au milieu des rochers. Les visiteurs, notamment les femmes, l’utilisent, au temps de jadis, pour des glissades avec le corps. « Les mains et la tête en avant, la personne glisse du haut, tout doucement, jusqu’à la sortie au milieu des rochers. Celle qui n’arrive pas à passer est considérée comme impure. A ce moment là, les femmes lançaient des youyous et les hommes demandaient la bénédiction de Sidi Yahia pour lui faciliter le passage « , raconta notre interlocuteur et poursuivant dans son récit :  » Depuis qu’une vieille femme, il y a quelques années, était décédée en tombant du haut de ce rocher, nous conseillons les personnes âgées et les invalides à s’astreindre de monter vers ces grottes surtout en temps de pluie ou de verglas « . Les visiteurs qui s’y rendent n’ont pas tous un objectif commun. Certains, vieux en particulier vont chercher un remède pour une maladie à l’image de Dda Mohand qui dit avoir été conseillé par une personne habituée des lieux sur les bienfaits que procurent ces eaux bouillantes pour calmer les rhumatismes.  » Après avoir suivi plusieurs traitements pour mes rhumatismes articulaires, on m’a conseillé d’aller tenter un remède au niveau de cette station millénaire « , nous fait il savoir. D’autres choisissent l’endroit pour oublier un temps soit peu le stress quotidien.  » L’endroit m’attire beaucoup de par cette multitude de paysages variés sur fond de pitons, de collines au relief souvent boisé et escarpé, de petites vallées et de massifs forestiers », fera remarquer, un homme accompagné de sa femme et ses enfants. D’autres viennent en groupe. Ce sont généralement des femmes de la région qui viennent pour une journée ou quelques jours, pratique ancestrale encore en vigueur.  » Nous sommes habituées à venir passer quelques jours dans cet endroit. En plus de la détente et des soins que nous recherchons, on rencontre d’autres femmes des autres douars avec qui nous nouons connaissances qui nous servaient parfois à marier un fils ou une fille « , avoua Na Hadja. Dans la région de Tizi Ouzou, les pèlerins, en été, viennent par centaines pour passer des vacances dans cette station. Ils ramenent des vivres et des tentes qu’ils installent dans le lit de la rivière. La région d’Ath Aidel est riche en patrimoines religieux et touristiques qui attirent, chaque année, un nombre impressionnant de pèlerins qui trouvent en elle, à la fois une riche et riante terre d’accueil avec ses villages proprets où prospèrent d’anciennes maisons avec des lotissement pavillonnaires au milieu des oliveraies qui séduisent les visiteurs à coup sur.  » Venez plus nombreux cette année ! « .

L. Beddar

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