La population de Tibouamouchine vient d’entamer les travaux de réalisation d’un forage dans un endroit offert par un particulier et situé à la lisière de la fontaine publique du village. Le projet en lui-même comporte aussi, outre ce forage, la réalisation d’une réserve d’eau. Pour rappel, une partie des fonds a été laissée par feu Amouche Mohand, un chanteur du village. De son vivant, il a émis le vœu que la somme léguée soit utilisée pour la rénovation de cette fontaine publique. Voici une autre mémoire de la chronique des années infernales de manque d’eau dans ce village partagée entre l’amertume et l’enthousiasme. De mémoire d’homme, ce village, parmi les plus importants de la commune de Seddouk n’a connu une telle crise dans la distribution de l’eau potable. Pourtant, les notables qui ont succédé à la gestion de cette importante agglomération de plus de 22 000 habitants, et qui ne cesse de prendre l’extension à une vitesse effrénée dans le domaine de l’habitat, ont tant bien que mal tout essayé pour résoudre ce problème récurrent et épineux, mais en vain. A chaque approche de l’été, période où le manque d’eau se fait ressentir avec acuité, ils se louvoient auprès des autorités locales en criant toute la détresse des habitants. Alors sachant que la source d’El Moumadha, à El Kantra, d’où ils sont alimentés depuis des millénaires, s’amenuise au fil des ans comme une peau de chagrin et ne donne à présent qu’un petit filet d’eau que se partagent insuffisamment trois autres villages, ils ont décidé d’être maîtres de leur destin. Ainsi, quitte à aller arracher ce précieux liquide dans la gueule du lion, ils ont pris le taureau par les cornes en sensibilisant leurs citoyens d’ici, qui ont cotisé en aargent et donné leur force de travail en plus de leurs émigrés de France, qui ont contribué par une somme importante dépassant largement la centaine de millions. A cette période, tous les villageois en goguette ont cru devoir ainsi et dans un laps de temps avoir une eau minérale coulant H24 dans les foyers. Cela étant, un projet de grande envergure pour la réalisation d’un forage a été concocté et des démarches ont été entreprises auprès des ingénieurs hydrauliques pour la prospection d’un endroit adéquat. Après une large prospection et réflexion, ils optèrent pour la parcelle d’un particulier qui n’a pas hésité un seul instant à faire don de celle-ci au village. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on creusa deux forages de 50 m au lieu d’un de 100 m comme prévu précédemment dans le projet initial. Par bonheur, l’eau monta à profusion et tous les villageois affichèrent une mine enchantée. Ce succès a été couronné d’ailleurs par une fête matérialisée par l’égorgement de plusieurs veaux (louziaâ). Au bout du compte, cette eau n’a coulé dans les robinets que quelques mois et puis elle commence à se raréfier. Cette extinction progressive du débit emporta avec elle le rêve de milliers de Tibouamouchinois qui retombèrent dans la résignation. Cela étant, la nouvelle équipe municipale harcelée par les villageois au début de l’été a tenté de solutionner ce problème en trouvant comme seule alternative l’alimentation de ce village à partir du forage de l’oued Soummam, à Takrietz, mais beaucoup de villageois, non habitués à boire son eau fade, préfèrent aller chercher l’eau minérale de la fontaine publique d’El Manfouka, sise à quelques kilomètres de leur localité. Aujourd’hui, tous les yeux des habitants de cette localité sont braqués vers ce nouveau forage qui se réalise en ce moment et qui se présente comme une ultime chance qui puisse rendre espoir à une population qui a trop souffert du manque d’eau.
L. Beddar
