Il y a de plus en plus de voiles dans les rues de Kabylie : jeunes et moins jeunes, naguère allant la tête nue se retrouvent, le lendemain, la tête recouverte du hidjab. S’il n’y a pas de doute que chez certaines femmes, la décision de se voiler relève de la ferveur religieuse, chez d’autres, il faut bien le dire, il s’agit d’une mode. Autrement comment expliquer cette frénésie à se couvrir la tête ? Il faut bien le dire, en exceptant les amples modes et les longs voiles noirs à l’iranienne, le hidjab de nos jeunes filles se réduit aujourd’hui à un seul morceau d’étoffe, posé sur la tête et qui cache souvent mal les cheveux. Le reste du costume est ce qu’il y a de plus normal : pantalon, boody, liquettes, on a même vu desz filles en hidjab porter des chemises sans manches, des pantacourts, des tricots si petits qu’on voit des morceaux de ventre… Cette façon de se vêtir irrite d’ailleurs les religieux qui opposent à ce hidjab de façade le hidjab char’î, composé de la robe ample ‘’qui ne révèle pas les formes’’ et du khimar qui couvre la tête et le cou. Et avec ce ‘’voile légal’’, pas question, bien sûr de montrer le moindre morceau de chair, en dehors du visage et des mains ! Pour ces gens-là, le hidjab ne peut être une mode : ‘’vêtement révélé’’, il est donné une fois pour toute, ad vitam aeternam ! En fait ce qui les irrite le plus, c’est cette désacralisation du hidjab : il n’est plus porteur, comme il y a quelques années, de signes religieux forts. En devenant une mode, il risque de devenir un simple vêtement. Les dictionnaires ne disent-ils pas que la mode est un goût, une manière de se vêtir et de se comporter passagère ?
S. Aït Larba
