(1re partie)
« Amachahou rebbi ats iselhou ats ighzif anechth ousarou. » (Que je vous conte une histoire. Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).Toutes les mères du monde conseillent à leurs enfants d’être très prudents vis-à-vis des inconnus, mais il arrive parfois que malgré les recommandations, les enfants sont abusés. C’est un conte du terroir entrant dans le domaine que nous allons vous raconter.Il était une fois à l’époque où les animaux avaient le don de la parole, une brebis qui avait mis au monde « sin izamaren » (deux agneaux). Pour les éloigner de tout danger, elle élut domicile dans une grotte naturelle se trouvant à flanc de montagne.Pour qu’ils grandissent vite, elle leur donne à téter son lait plusieurs fois dans la journée.Mais pour qu’elle ait du lait il lui faut brouter l’herbe drue des près. Comme ses agneaux étaient très petits, elle les enferme dans la grotte pour les empêcher de sortir et se faire dévorer par les prédateurs, comme le chacal, qui est friand de viande d’agneaux qu’il adore par-dessus tout.Pour leur éviter tout ennui, avant de sortir de la grotte, elle leur dit : – “N’ouvrez à personne sauf à moi ! N’ouvrez que lorsque vous entendez ces mots : Thamaz’ag’th g’er thqejirine thaffa g’er thachiouine !(Le pis rempli de lait entre les pieds, la gerbe d’herbe sur les cornes portée !). Vous avez bien compris, les petits ? – Oui, maman, nous n’ouvrirons à personne autre que toi !”Contente, la brebis laisse ses petits et s’en va dans les champs brouter l’herbe fraîche afin de donner plus de lait. Une fois rassasiée elle se met dans un coin et rumine l’herbe ingurgitée. Une fois l’opération terminée, elle met un peu d’herbe sur ses cornes et le ramène à ses petits pour leur apprendre à manger des aliments solides. Très méfiante, la brebis utilise des chemins détournés pour rentrer chez elle. Elle a très peur d’être suivie. Quand elle arrive devant la grotte, elle tape à la porte et dit :-Thamaz’ag’th g’er thqejirineThaffa g’er thachiouineAussitôt, les agneaux lui ouvrent la porte calée de l’intérieur. Et il en fut ainsi durant plusieurs jours, mais ne voilà-t-il pas qu’un jour, un chacal qui cherchait aventure, remarqua la brebis. Il voulait se faire la dent dessus, mais méfiante comme le sont toutes les mères qui élèvent des petits, dès qu’elle sent l’odeur du chacal, elle se cache à sa vue. Cela lui réussit quelques temps, mais le chacal affamé n’en démord pas. Toutes les ruses qu’elle emploie sont éventées.Le chacal a repéré son gîte. Quelle aubaine pour lui ! Bientôt il va tous les dévorer, il va d’abord commencer par les petits.Il fait le guet devant la porte de la grotte, caché et tapi dans les fourrés, il est aux aguets. Quelques heures plus tard la porte de la grotte s’ouvre et par chance, le chacal entend distinctement le mot de passe que la brebis ne cesse de ressasser à ses petits.-Thamaz’ag’th g’er thqeririneThaffa g’er thachiouine !Dès que la brebis s’éloigne, il attend quelques instants et se présente devant la porte. Il essaye d’imiter la voix de la brebis. La voix contrefaite ne ressemblant pas à celle de leur mère, les petits n’ouvrent pas.Dépité, il change plusieurs fois de voix, mais n’arrive pas à se faire ouvrir la porte. Fortement déçu, il retourne dans sa tanière pour réfléchir. N’arrivant pas à trouver le moyen de déguster les petits, il se rend chez « settoute » la sorcière, qui lui dit :- D’ayen isahlen ouagui Ak’ ouarigh amek’ atstchedh yhikhssi !(C’est une chose facile, je vais te montrer comment procéder pour dévorer la brebis !).
Benrejdal Lounes (A suivre)
