La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste exactement l’opération dite de distribution de couffins du Ramadhan aux familles démunies ?
Abderrahmane Rahmoun : Concernant cette opération qui consiste en la distribution de couffins de denrées alimentaires aux familles pauvres, il y a des régles qui ont été arrêtés avant le début du Ramadhan, à savoir que seuls le Croissant-Rouge algérien, les APC et scouts sont autorisés, sous couvert des chefs de daïras, à acheminer les couffins de provisions aux domiciles des familles nécessiteuses avec les moyens dont disposent les communes, c’est-à-dire les bus de solidarité et les parcs roulant des APC. Pour cette opération, pour éviter tout détournement de couffins, la première règle à appliquer est la transparence. Les familles ciblées doivent être réellement démunies pour être les premières et les seules bénéficiaires du couffin du Ramadhan.
Et pour ce qui est des restaurants de la rahma ?
Ces restaurants ont été ouverts dans le souci de servir un repas chaud, propre et répondant aux normes des règles d’hygiène. A ce jour, nous avons autorisé l’ouverture de six restaurants rahma dans la wilaya. Et toute ouverture de restaurant dans ce cadre est soumise à une autorisation de la DAS, qui ne la délivre qu’après avis des services de la Protection civile et ceux de la santé. On nous signale, à Sidi Aïch, l’ouverture d’un restaurant rahma sans autorisation. Et le responsable de l’établissement refuse de collaborer avec les services de la DAS et de la daïra. Nous allons procéder à la fermeture de ce restaurant car les règles sont très claires et l’Etat doit sevir dans ce domaine.
Revenons au couffin du Ramadhan, quelle est sa teneur et qui en est le fournisseur ?
Le contenu du couffin du Ramadhan est de 10 produits à savoir : 10 kg de semoule, 5 kg de farine, 5 litres d’huile, 2 kg de sucre, 1 kg concentré de tomate, 2 kg de pois-chiches, 2 kg de vermicelle, 2 kg de riz et 1 kg de lait en poudre. Pour ce qui est du choix des fournisseurs, ils sont retenus sur la base d’un avis d’appel d’offres avec plis fermés et commission d’ouverture des prix dont sont membres l’UGCAA, la DCP, la DAS et le comité de solidarité locale. Et là, on choisit le moins-disant, le souci est d’avoir le maximum de chances pour pouvoir satisfaire les familles démunies. Chose qui a été faite pour la première quinzaine où l’on a distribué, à travers la wilaya, 2 ou 3 jours avant le début du carême 2 384 couffins d’une valeur de 1 887 DA l’unité.
Maintenant, nous sommes en phase de préparation de la deuxième quinzaine. Nous comptons procéder à la distribution des couffins avant l’entame de la deuxième moitié du Ramadhan pour permettre aux citoyens démunis d’avoir un couffin de relais qui tiendra jusqu’à l’Aïd.
Peut-on faire une comparaison chiffrée par rapport à l’an dernier ?
Non. La comparaison chiffrée par rapport à l’an dernier ne pourra être envisagée qu’à la fin de l’opération, lorsque tous les chiffres auront été arrêtés. C’est à ce moment-là seulement que l’on saura s’il y a amélioration ou non. Mais généralement, on ne constate que des améliorations.
Justement, s’agissant du nombre de restaurants et du nombre de couffins…
La priorité est aux couffins et non aux restaurants. Pour une centaine de rationnaires à peu près, un restaurant rahma fonctionne avec une moyenne de 60 à 100 000 DA par jour. Or, si l’on multiplie ne serait-ce que de 60 000 DA par 30, on obtient une somme avec laquelle on pourrait remplir un nombre important de couffins à distribuer aux familles nécessiteuses. Dans l’affaire, on aura perdu un restaurant rahma et sauvegarder l’honneur et la dignité de nombreux pères de familles que le “nif” empêche de faire la chaîne avec la gamelle devant les restaurants rahma.Et d’un autre côté, ces restaurants rahma sont à l’origine d’un taux d’absentéisme effarant chez les écoliers que les parents, qui n’osent pas afficher leur pauvreté, envoient faire la chaîne à leur place. La caractéristique d’un couffin est de permettre au citoyen pauvre de cuisiner chez lui pour sentir l’odeur des aliments qui cuisent. Quant au restaurant Rahma, leur philosophie est surtout d’offrir un repas, au moment du f’tour, aux personnes de passage dans la ville. Or, j’imagine mal un voyageur Paris-Béjaïa, atterrissant à 18 heures, chercher après un restaurant rahma.
Qu’est-ce qu’une famille pauvre ? Quels sont les critères qui permettent de déclarer qu’une famille est pauvre et qu’une autre ne l’est pas ? Qui approuve ces critères ?
Officiellement, en Algérie, aucun seuil de pauvreté n’a encore été arrêté. Il y en a qui disent que c’est 50% du SMIG et d’autres estiment que ce seuil est fixé par rapport à l’alimentation et à 2 100 calories par jour et par personne. Mais je répète qu’officiellement, aucun de ces concepts n’a encore été définis. Cependant, en ce qui nous concerne dans cette conjoncture de l’opération de solidarité du Ramadhan, selon l’approche empruntée par nos services, est considéré pauvre le citoyen qui n’arrive pas à assurer pendant le mois de Ramadhan, pour lui-même et pour les personnes dont il a la charge, un repas moyen de 2 100 calories par jour et par personne, c’est-à-dire que le f’tour et le s’hour doivent totaliser les 2 100 calories. En plus de l’alimentation, le citoyen est considéré pauvre s’il n’arrive pas à satisfaire d’autres besoins, comme l’habillement, la santé et la scolarité de ses enfants.
En 2004, dans la wilaya, le nombre de familles pauvres communiqué par les APC était de l’ordre de 47 000. En 2005, nos cellules de proximité qui sont des cellules pluridisciplinaires, ont rectifié ce chiffre. Elles ont recensé 14 173 familles nécessiteuses avec 21 000 personnes à charge, en 2006 ces chiffres passent à 14 600 familles démunies avec 23 000 personnes à charge.
Peut-on connaître la provenance des dons ?
Il y a 4 500 000 DA qui proviennent du budget de la wilaya, 2 500 000 DA du ministère de la Solidarité et de l’Emploi, 900 000 DA qui sont le reliquat d’autres opérations de solidarité, soit un total de
7 900 000 DA auquel il y a lieu de rajouter 16 000 000 DA qui sont l’apport des communes. Mais à propos des communes, nous déplorons vivement l’absence de solidarité intercommunale. A titre d’exemple, l’APC de Béjaïa qui est riche, a débloqué une importante somme d’argent qu’elle distribue à son personnel sous forme de bons d’achat à faire valoir chez le commerçant ou le boucher, alors qu’elle aurait pu venir en aide à d’autres communes pauvres, comme celle de Oued Ghir ou de Toudja.
Entretien réalisé par B. Mouhoub
