Les chrétiens et le Ramadhan

Partager

“Nous vivons ensemble et chacun respecte l’autre, c’est celui-là le chemin de la paix », affirme le père Jean, rencontré au presbytère de Tizi Ouzou.

Après avoir traversé une quarantaine de kilomètres, à partir de Tizi Ouzou, nous parvenons devant le siège de l’église située dans un chef-lieu communal de la wilaya. Pour retrouver le chemin, il a fallu demander la direction à plusieurs citoyens. Demander où se trouve une église en plein Ramadan dans un village kabyle peut paraître un fait peu anodin. Mais notre requête n’a suscité aucun étonnement chez les riverains. Au contraire, tout le monde nous a bien indiqué la route. Cela démontre le climat de tolérance qui règne dans la région. Sur le mûr qui donne sur la route principale, une grande croix est visible de loin. C’est en traversant une piste que nous nous trouvons devant le portail de l’église. Un jeune nous repère de loin et demande s’il peut faire quelque chose pour nous. Nous tendons notre ordre de mission et expliquons l’objet de notre visite. Il nous invite à patienter un peu pour informer le responsable de l’établissement. Deux minutes plus tard, celui-ci arrive et explique qu’il ne peut pas s’adresser à la presse sans l’aval de tout le conseil. Il nous convie à entrer toutefois. A l’intérieur, la table est servie car nous sommes arrivés à midi et un quart. Notre hôte s’excuse presque mais nous le rassurons que le fait de prendre le déjeuner ne nous dérangeait point et c’était d’ailleurs l’objet de notre article. Autour de la table, il y a une douzaine de personnes, principalement des couples mariés ainsi que trois petits enfants. Ces derniers fréquentent la crèche chrétienne sise dans le même endroit. Avant de commencer à manger, tout le monde se lève et, la main dans la main, font une prière. Le groupe remercie Dieu d’avoir mis à leur disposition de quoi se nourrir. A la fin du repas également, on prie, avant que l’un des fidèles ne lise un passage de la Bible. Mourad, trente ans, est baptisé depuis trois ans. Il confie que c’est bien de partager la fête des musulmans et que cela ne le dérange point, au contraire…D’ailleurs, dit-il, « ma fiancée est musulmane. Nous sommes ensemble depuis cinq ans et nous n’avons jamais eu de problème à cause de nos religions. Nous nous acceptons comme nous sommes ». Il enchaîne : « C’est magnifique de vivre en communion. Moi, j’éprouve continuellement du plaisir à partager la joie des musulmans. Je passe de longues heures par jour avec des amis à moi qui font le carême et le courant passe à merveille entre nous ». D.Sofiane, 25 ans, ajoute : « Nous respectons leur religion car la Bible nous demande d’être en paix avec tout le monde. Il faut aimer les musulmans. Pour un chrétien, Ramadan est une chose naturelle. Nous vivons de manière ordinaire car la vraie foi, c’est de respecter son prochain quelles que soient ses convictions ». Notre interlocuteur rappelle que la Bible leur demande d’aimer. Il dit que son propre frère qui a dix-sept ans est musulman et observe le carême. Ceci ne les empêche pas de s’entendre énormément : « Il me respecte en tant chrétien et vice versa ». Les propos de nos interlocuteurs sont truffés de références au texte sacré. Ainsi, l’un d’entre eux dit que la Bible leur a expliqué que leur combat se situait contre Satan et non contre les êtres humains. « Pour ma part, mon souhait est qu’il y ait union entre le peuple algérien pour faire face aux vrais fléaux qui minent notre société », affirme M.Rachid. Ce dernier souligne que ses parents font le carême et ils sont quatre frères à être de foi chrétienne. A l’intérieur de la maison, une harmonie exemplaire règne en dépit de cette différence. Il rassure qu’il n’ont jamais eu de problème liés à la différence de religion. En dépit de son jeune âge, 28 ans, notre interlocuteur tient un langage conciliant : “Il ne faudrait pas qu’il y ait de violence entre nous, il ne faudrait pas imposer la foi car il s’agit d’une question individuelle, Dieu a créé plusieurs peuples et chacun avec sa religion, sa culture et sa langue”. Pour Rachid, cette diversité est une richesse.

« Soyons pieux avec tout le monde », c’est avec cette phrase que nous accueille le père Jean au presbytère de la ville de Tizi Ouzou. Notre interlocuteur précise que c’est avec les actes que nous prouvons sa foi. « Le problème de la cohabitation ne se pose pas dès lors que les autorités et la population nous ont accueillis », dit-il. Père Jean est un chrétien catholique, contrairement aux jeunes interrogés qui sont, eux, des protestants. C’est dire que la cohabitation est aussi entre catholiques et protestants. Père Jean, qui vit en Algérie depuis 41 ans, explique que leur établissement est rattaché à l’Association des Diocèses d’Alger. Ceci permet à la communauté chrétienne d’être représentée officiellement. « Tout comme on nous a acceptés et respectés, nous acceptons et respectons tout ce qui se fait ici. Nous avons le devoir de respecter la foi des gens, ajoute le père Jean, nous accueillons ici en majorité des étudiants africains ». Et d’enchaîner que la meilleure façon de se comprendre est de vivre ensemble car, si chacun reste dans son ghetto, ceci engendrera l’incompréhension. « Si nous vivons ensemble et que chacun respecte l’autre, c’est celui-là le chemin de la paix. C’est dans la différence que l’on retrouve le chemin de la vérité », indique encore le père Jean pour qui l’essentiel, c’est de travailler pour le bien commun. Il faut s’agrandir dans sa foi et l’approfondir avec un esprit d’ouverture « pour pouvoir regarder la beauté et la grandeur du monde ».

Aomar Mohellebi

Partager