“La démarche de Si Salah a été déterminante”

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La dépêche de Kabylie : à la fin de votre livre, vous n’avez pas levé ce mystère. Peut-on dire que la rencontre de Si Salah avec De Gaulle a été un échec ?

Pas du tout, cela a été plutôt une rencontre déterminante pour l’indépendance. Cette rencontre dans l’esprit de Si Salah était de savoir ce qu’entendait De Gaulle par autodétermination pour arriver à un processus de paix. Il n’était pas parti avec l’idée de négocier l’arrêt des combats. D’ailleurs, il avait dit clairement à De Gaule. Au contraire, on peut dire que c’était un succès. Car, la démarche de Si Salah accompagné de ses deux adjoints de la wilaya 4, en l’occurrence Si Lakhdar et Si Mohamed qui étaient au rang de commandants a été à l’origine de l’envoi de la délégation du GPRA qui avait eu lieu vingt jours après pour négocier avec le président de la République française de l’arrêt des combats. C’était cela qui avait déclenché la réaction positive du GPRA.

Donc pour vous cette rencontre avait été un succès ?

Effectivement, dans le sens où le GPRA avait finalement arrêté de tergiverser pour aller aux négociations. Donc, c’est la démarche de la wilaya 4 qui a fait avancer les choses.

On dit que Si Salah est peu médiatisé et attend aussi sa réhabilitation. Qu’en pensez-vous ?

Pour sa réhabilitation, il n’y a aucun problème. Si Salah a été inhumé au carré des martyrs d’El Alia par la présidence de la République en 1985. Il est peu médiatisé parce que le parcours de Si Salah dans l’OS, au maquis et ses actions depuis le 1er novembre 1954 jusqu’à 1960 remettait en cause le FLN qui était à l’extérieur. Et ce sont ces gens là qui sont au pouvoir depuis 1962 jusqu’à aujourd’hui. Ils ne veulent pas parler de Si Salah sinon ils seraient remis en cause.

Certes, au feu de l’action, il y avait des gens qui s’étaient trompés, mais qu’on en discute maintenant. Il ne faudrait pas quand même qu’on soit amnestique.

Vous dites qu’ils ne veulent pas en parler. Qu’espérez-vous tout de même ?

Eh bien que ces gens se remettent en cause. On ne leur demande pas de faire des procès, mais plutôt faire un bilan de manière logique et rationnelle. C’est une manière de faire comprendre aux citoyens certaines choses qu’ils comprennent mal.

Revenons sur la mort de Si Salah…

Eh bien, il devait partir à Tunis avec une escorte de sept personnes. Il était tombé dans une embuscade à M’chedellah du côté de Bouira. Maintenant, il y a quand même un grand nombre de questions à se poser. Tout d’abord, comment se fait-il qu’il y a eu cette embuscade ? N’y a -t-il pas eu de fuite sur ce déplacement ? Parce que le FLN à cette époque savait que le BEL Captait toutes les transmissions. Comment l’armée française a eu vent de son passage. On peut évoquer dans le même sens le cas du colonel Amirouche et Si El Haouès étaient assassinés dans des conditions similaires en se dirigeant vers la Tunisie.

D’autres projets ?

Je continuerai toujours à chercher la vérité sur Si Salah et sur la guerre de libération en général. J’espère avoir accès aux archives ou d’autres le feront. Car, l’écriture de ce livre n’a pas été facile.

Entretien réalisé par Amar Ouramdane

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