Par Anouar Rouchi
– Bonjour Monsieur le chef du gouvernement. Je vous remercie de m’accorder cet entretien malgré votre agenda sûrement surchargé.
– Bonjour Si Djamel. Prenez place. Un thé ? Un café ?
– Un thé volontiers
– Votre journal, Le midi à 14 heures fait un excellent travail. J’ai particulièrement apprécié le dernier numéro…
– Parce qu’on y a épinglé Ouyahia ou parce que Kebir y a été ménagé ?
– Franchement c’était un bon numéro.
– Pour ne rien vous cacher, c’est du seul fait du patron. Il a prétexté la pub…
– Qu’importe ! L’essentiel, c’est le résultat.
– Monsieur le chef du gouvernement, notre journal n’est pas l’objet de l’interview. Puis-je poser mes questions ?
– Mais bien sûr ? Faites donc.
– Commençons par ce rapport de Transparency International…
– J’en étais sûr…
– L’Algérie fait partie des Etats où la corruption est généralisée…
– Comme vous y allez ! Il faut tout de même relativiser.
– Voyons ! Avec une note de 3,1 sur 10 et une 84e place sur 163 pays…
– Vous noterez avec moi que des efforts ont été consentis. L’année dernière cet organisme nous a octroyé la note de 2,8 correspondants à la 96e place.
– Vous trouvez donc qu’il y a lieu de s’en féliciter ?
– Tout à fait !
– Comment peut-on se féliciter de ce que la corruption soit à un niveau si élevé ?
– Vous remarquerez que 84 est presque l’exact moitié de 163…
– Oui. Et alors ?
– Cela veut dire que nous sommes dans le juste milieu…
– Comment vous écrivez milieu ? Avec un M majuscule ?
– J’apprécie votre humour. Non. Je veux simplement dire qu’avec cette position, nous sommes en harmonie avec nos valeurs et notre culture.
– Je ne comprends pas…
– Ne dit-on pas : « Afdhal oumour awsatouha » ?
– Alors, là ! Vous m’en bouchez un coin… Passons à un autre sujet d’actualité.
– Je vous vois venir. Vous allez me parler de la révision constitutionnelle…
– On ne peut rien vous vous cacher.
– Que voulez-vous savoir à ce sujet ?
– Je vais être direct. Le référendum prévu avant la fin de l’année est-il simplement reporté ou carrément annulé ?
– Il est reporté bien sûr…
– Peut-on savoir la date approximative de son organisation ?
– C’est encore à l’étude.
– Puis-je hasarder quelques remarques ?
– Faites.
– Etant donné le calendrier électoral qui prévoit des législatives en mai et des élections locales en octobre 2007, étant entendu que la tenue du référendum en 2006 est désormais exclue, ne pensez-vous pas que rien ne peut être envisagé avant 2008 ?
– C’est un point de vue.
– Et ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’un désaveu personnel pour vous qui vous êtes tellement investi dans le projet ?
– Je ne peux pas penser une telle chose. D’ailleurs je refuse de penser. Le thé était bon ?
– Très bon. Merci monsieur le chef du gouvernement.
A. R.
