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Un marché de l’art euphorique, porté par les Américains et les Européens

Les chiffres peuvent donner le vertige: 135 millions de dollars pour un Klimt en juin, 140 millions pour un Pollock en octobre (ce qui en fait le tableau le plus cher du monde), Gauguin, Schiele et Kirchner qui à plus de 40, 22 et 38 millions pulvérisent chacun leur record en une soirée d’enchères mercredi.

Ce soir-là, la vente de Christie’s New York a rapporté en deux heures un demi-milliard de dollars. Du « jamais vu », selon Christopher Burge, le commissaire-priseur, qui de son pupitre a aussi constaté la présence de têtes nouvelles parmi les candidats à l’achat.

Fortunes récentes et spectaculaires, confiance en l’économie, oeuvres en offre limitée, et aussi un intérêt croissant pour l’art: les circonstances se cumulent pour tirer les prix vers le haut. « La spéculation a toujours une part, c’est certain, mais la plupart des acheteurs sont des collectionneurs », dit Gilbert Edelson, vice-président de l’Association des marchands d’art d’Amérique (ADAA). « Ils ont gagné de l’argent, dans des placements financiers à risques ou dans l’immobilier, et ils achètent de l’art, et ça les intéresse, et ils vont aux ventes, et ils vont dans les foires, à Art Basel à Miami ou à la Fiac de Paris ».

Selon Michael Moses, auteur de l’index annuel Mei-Moses des prix de l’art, les prix peuvent encore monter. « Il y a une excitation, mais rien à voir avec la flambée des années 85. Il y a encore un potentiel de hausse », dit-il. « L’art a toujours été cher mais aujourd’hui les grandes fortunes sont vraiment immenses ».

Pour les experts, on est encore loin de la « bulle » des années 1985-90 et de ses risques: le marché, à l’époque guidé par les goûts des acheteurs japonais, s’est élargi, et internationalisé.

L’Inde et la Chine s’annoncent comme autant d’eldorados. La Russie aussi où, pour la première fois, Christie’s a transporté cet été un Picasso pour le montrer avant sa vente à New York.

Ces acheteurs investissent encore avant tout dans leurs arts nationaux: les Indiens dans l’art contemporain indien, les Russes dans l’art russe. Mais les Chinois commencent à élargir leurs horizons et agir sur les prix, relève Bendetta Roux, vice-présidente chargée de communication chez Christie’s.

« Les collectionneurs qui débutent vont vers les genres qu’ils connaissent et quand ils sont plus à l’aise ils s’orientent vers d’autres terrains », dit-elle.

En attendant, le marché de l’art reste dominé par les particuliers américains, et dans une moindre mesure européens. Même aux ventes d’art asiatique organisées en mai à Hong Kong, le magnat des casinos de Las Vegas Steve Wynn est reparti avec une céramique de 10 millions de dollars. Parmi ces milliardaires collectionneurs établis depuis de nombreuses années, on trouve aussi les Californiens Eli Broad, fortune de l’assurance, et David Geffen, magnat du disque, ou le magnat new-yorkais des cosmétiques Ron Lauder, acquéreur pour 135 millions de dollars du Klimt « Portrait d’Adele Bloch-Bauer I ». Après les ventes d’art moderne et impressionniste cette semaine, les enchères contemporaines seront donc suivies de près la semaine prochaine à New York, avec en vedettes chez Christie’s et Sotheby’s Andy Warhol, Damien Hirst, Jeff Koons ou Brice Marden. Ces trois journées pourraient rapporter pas loin d’un demi-milliard de dollars.-

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