»Mon roman se déroule à la Haute-Ville de Tizi Ouzou »

La Dépêche de Kabylie : Vous publiez votre premier roman, parlez-nous de cette première expérience éditoriale :

ll Mohammed Attaf : Publier un premier roman est toujours une satisfaction exceptionnelle quand on sait qu’il est extrêmement difficile de pénétrer le monde de l’édition. Certes, j’ai déjà publié beaucoup de poèmes et de nouvelles dans divers journaux et revues algériens et étrangers mais, pour le roman, c’est différent. C’est une expérience très enrichissante d’autant plus qu’elle m’encourage à affûter mes mots pour faire mieux à l’avenir.

Qu’est-ce qui peut amener un commissaire aux comptes à prendre sa plume ?

ll C’est la lassitude des chiffres. J’ai beau les aligner dans tous les sens, je n’ai jamais obtenu de sérénité en quittant, le soir, mon bureau, surtout durant la période des arrêtés de bilans. Donc, c’est pour apaiser mon esprit que je lui offre, la nuit, une évasion dans les espaces tranquilles où toute la liberté avec ses différents rêves sont construits à l’aide d’inspiration, d’encre et de mots.

Vous avez la chance d’avoir été publié par un éditeur professionnel, comment avez-vous pu convaincre votre éditeur, surtout que l’on sait qu’il est extrêmement difficile de se faire publier pour la première fois ?

ll C’est peut-être l’arbre de la chance qui a su fleurir là où il le fallait. J’avais proposé mon manuscrit à Alpha Editions sans aucun commentaire si ce n’est une brève narration sur l’histoire de l’arbre de la chance. Quinze jours plus tard, j’ai été informé par téléphone qu’il a été retenu et que le roman allait sortir avant la Foire internationale du livre pour le présenter à la presse et au grand public. C’est peut-être le contenu du roman qui a su convaincre les responsables de l’édition de le faire paraître !

Votre roman s’ouvre sur la description d’un quartier où la vie est très difficile, s’agit-il d’un quartier de la ville de Tizi Ouzou ?

ll L’histoire se passe dans un quartier de la ville de Tizi Ouzou qui est Lalla Saïda, un quartier qui se situe à la Haute-Ville, que nous appelons  » Dechra  » mais que l’administration coloniale appelait  » La Tribu  » et nous ses habitants,  » les Indigènes « . Cette situation de misère a été vécue pratiquement par l’ensemble des quartiers populaires de la Haute-Ville, par tous les villages et par toutes les villes du pays, du fait que nous subissions tous ensemble les mêmes affres de la colonisation.

Votre roman est-il autobiographique ?

ll Mon roman n’est pas autobiographique. C’est une histoire qui repose essentiellement sur les souvenirs de mon enfance autour desquels j’ai créé des personnages, dont Smaïl et sa famille, en leur donnant une vie et en leur faisant revivre ce qu’ont vécu nos parents et les personnes de ma génération. Il y a des souvenirs qui marquent et on aime bien les exhumer de temps à autres, pour ne pas les laisser prendre la poussière dans les tiroirs de l’oubli.

Dans le quartier de Lalla Saïda, il existait un arbre que nous appelions tous « Sedjra teâ zhar ».

C’était un robinier qui donnait, au printemps, des fleurs blanches sous forme de grappes. « zhar » avait une double signification. Cela voulait dire  » les fleurs  » en arabe littéraire mais aussi « la chance » en langage populaire. Pour le monde, il était l’arbre aux fleurs mais, pour nous, jeunes du quartier, il était l’arbre de la chance. C’est pourquoi, on mangeait ses fleurs dans l’espoir d’avoir de la chance quand on grandira.

Quels sont vos romanciers préférés et pourquoi ?

ll Dans la lecture, j’ai touché à tout. D’abord à Mouloud Feraoun pour son humanisme, sa simplicité et la richesse de son style qui a su émouvoir le cœur des lecteurs en leur décrivant son enfance difficile et la vie des siens. Il y a eu également Mouloud Mammeri, Mohamed Dib, Tahar Benjelloun, Djamal Amrani, Albert Camus, Victor Hugo, Paul Eluard, Emile Zola et Ernest Hemingway.

Bien que différente d’un auteur à un autre, la lecture des œuvres de ces grands écrivains m’a aidé à découvrir la passion qu’ils traduisent par les mots et aussi l’âme qu’ils ont su donner à tous leurs personnages ainsi qu’aux lieux où ils ont évolué.

Propos recueillis par Aomar Mohellebi