Chaque début de mois, du 3 au 8, ils sont des centaines à investir l’agence BADR située à Seddouk. Eux, ce sont les retraités bénéficiaires d’une pension française, ou leurs épouse ayants-droit de fait.
Ces hommes et femmes d’un âge très avancé, souvent malades et mal en point, bravent la chaleur de l’été et le froid des journées d’hiver pour pointer tôt le matin en face de la porte blindée de la banque afin de chercher leur pécule.
Une fois la lourde embrasure de la succursale entrebâillée, la déferlante humaine se rue en direction du guichet pour y déposer les papiers d’identité et le numéro du compte.
Les plus chanceux trouvent un siège pour s’asseoir et attendre d’être appelées par le préposé au service au milieu d’un brouhaha assourdissant.
Au bout d’une attente interminable, les retraités se dirigent un par un, lourdement, vers la caisse pour recevoir quelques billets en monnaie européenne : 100, 200, 300 euros parfois un peu plus.
Une fois l’argent en leur possession, ils se dirigent vers la sortie où ils sont directement accostés par les cambistes qui écument les lieux pour procéder à leur négoce.
Réussissant toujours à prendre le dessus, le changeur happe les billets brillants et étale ses liasses de dinars que le vieux ou la vieille souvent accompagnés par un des leurs empochent rapidement à l’abri des regards indiscrets. Une fois à la maison, les papis et mamies deviennent l’objet de toutes les convoitises et chaque membre de la famille développe son stratagème pour leur soustraire quelques précieux dinars.
Les uns proposent de petits soins alors que d’autres étalent leur savoir-faire séducteur afin que le vieux ou la vieille lâche quelques sous.
Que dalle ! Au bout, c’est souvent le refus car nombreux parmi eux, malgré leur âge avancé, font vivre des familles nombreuses et gèrent minutieusement leur budget. Mais combien de temps vont-ils encore tenir ces honorables retraités ?
A. M. Arezki